L'Albisgüetli a fait une nouvelle fois salle comble vendredi soir pour le grand rendez-vous annuel de l'UDC zurichoise. Pascal Couchepin avait décliné peu avant Noël l'invitation faite traditionnellement au président de la Confédération. C'est la première fois qu'un radical renonce (avant lui, Otto Stich et Ruth Dreifuss avaient fait de même). Avec ou sans président, Christoph Blocher reste la vedette incontestée de la soirée. «Il a parlé avec humour, mais surtout, il n'a pas peur de parler franchement et de critiquer les autres», juge Mariusz Wasila, bientôt 19 ans, militant à la section des Jeunes UDC de Winterthour.

«Je suis un cas particulier», dit le jeune homme blond et plutôt frêle, qui va passer sa maturité cet été et espère commencer des études de médecine. Contrairement à presque tous ses collègues de parti, ni sa famille ni son entourage n'avaient d'affinités avec le parti de Christoph Blocher lorsqu'il a adhéré il y a trois ans. «J'ai commencé à m'intéresser à la politique après les dernières élections au Conseil national en 1999, en lisant les journaux et les tous-ménages. J'ai alors étudié les sites des divers partis.» S'il avoue qu'il a failli se rallier au PS, «parce qu'ils m'étaient plus sympathiques au premier abord», le PDC et le Parti radical ne l'intéressent pas du tout: «Ils n'ont pas assez de profil, c'est flou.»

Attiré par l'UDC qui se présente comme un parti «qui fait bouger les choses», il commande par mail la documentation des Jeunes UDC, qu'il reçoit par retour de courrier. Deux jours plus tard, c'est la présidente de la section de Winterthour qui l'appelle et lui demande s'il est intéressé à s'inscrire, ce qu'il fait. «Les six premiers mois, je n'ai pas vraiment participé, je n'étais pas sûr que c'était le bon parti, tout ce que je lisais de négatif sur l'UDC dans les médias me faisait douter.» La présidente prend à nouveau contact avec lui et lui propose d'assister à une séance du Conseil communal. Mariusz Wasila est alors lancé: il entre au comité de sa section, tient des stands avant les votations et assiste à quelques assemblées du parti cantonal. «Ecouter Christoph Blocher, c'est intéressant et jamais ennuyeux. Maintenant qu'il n'y a plus des gens comme Ursula Koch et Peter Bodenmann, c'est le seul qui parle encore de manière si profilée.» Le gymnasien est fasciné par Christoph Blocher et sa rhétorique. «Même si je ne suis pas toujours d'accord avec la manière tranchée dont il dit les choses, c'est comme ça qu'il a du succès, les gens savent à quoi s'en tenir.»

Mariusz Wasila, dont les parents polonais ont obtenu l'asile en Suisse il y a vingt ans, n'a-t-il pas de problèmes avec les positions de l'UDC envers les demandeurs d'asile? «Près de 90% des demandes sont rejetées, c'est la preuve qu'il y a des abus (l'octroi de l'asile et les admissions provisoires atteignent 30 à 40% selon les années, ndlr). L'UDC est le seul parti qui ose s'attaquer à ce thème.» Ses parents, «qui ne s'intéressent pas vraiment à la politique», n'ont pas réagi particulièrement. En classe, Mariusz a attendu d'avoir trouvé sa place «dans une clique» avant de dire qu'il était membre de l'UDC. Etant presque le seul à s'opposer à l'adhésion de la Suisse à l'ONU à l'école, sa situation n'était pas très confortable. «Mais, dit-il, lorsqu'on est seul contre les autres à défendre une position, il faut sans cesse améliorer ses arguments.»