L’UDC était seule à s’opposer à la décision du Conseil national, en juin, d’augmenter le crédit cadre de l’aide au développement pour ces quatre prochaines années, qui devrait passer à 11,35 milliards de francs pour atteindre 0,5% du revenu national en 2015. Le Conseil des Etats se prononcera en septembre. Le président de l’UDC, Toni Brunner, explique comment son parti va s’opposer à cette augmentation qu’il juge démesurée. Le Temps: L’UDC envisage le lancement d’une initiative pour limiter le montant de l’aide au développement. Pourquoi?Toni Brunner: Durant la dernière session, le Conseil national a une fois de plus augmenté massivement l’aide au développement d’un demi-milliard de francs, la portant à 13,5 milliards (ndlr. Il s’agit en réalité de 11,5 milliards pour 2013 à 2016). Et cela sans consulter personne. Le parlement se faufile sans prendre l’avis du peuple. Pour moi il est important que le peuple puisse se prononcer sur une augmentation aussi importante qui part à l’étranger. Que les citoyens puissent dire s’ils acceptent cela ou non. – Vous êtes donc opposés à l’objectif de 0,5% du PIB? – Oui, je trouve que cela est beaucoup trop. Car la Suisse fait déjà beaucoup dans d’autres domaines. Que l’on songe à tout ce que l’on fait dans le domaine de l’asile, à la tradition humanitaire de la Suisse, à tout l’argent que nous distribuons aux immigrés au titre de l’aide sociale et qui est envoyé dans les pays d’où ces gens proviennent. 0,5% c’est trop. Je serais pour le statu quo ou même pour un niveau plus bas, par exemple 0,4%. – Quelle solution envisagez-vous, un plafonnement en pour-cent du PIB? – Nous étudions plusieurs variantes. Il serait évidemment préférable de pouvoir obtenir cette baisse par voie parlementaire. Mais dans la composition actuelle des Chambres fédérales, il ne faut pas espérer une majorité. Une solution serait évidemment d’ancrer dans la constitution un pourcentage en fonction du PIB, une autre serait de prévoir un montant concret plafonné ou encore que l’on décide d’une année de référence à ne pas dépasser, par exemple 2010. Le problème c’est qu’il est difficile de fixer dans la Constitution une référence fixe à un barème qui peut changer en fonction de la situation économique. – N’est-ce pas contradictoire, car beaucoup d’entreprises suisses profitent en premier lieu des contrats passés dans le cadre de l’aide au développement? – Il ne s’agit pas de supprimer cette aide, mais de la limiter. Notre participation envers l’étranger augmente de toutes parts. Regardez le Conseil fédéral qui vient de proposer d’augmenter de 15 milliards la part suisse au FMI pour l’aide monétaire internationale. Comparée à d’autres pays, la Suisse n’a pas à se reprocher de ne pas en faire assez. – Ne croyez-vous pas que vous allez ainsi punir des pays pauvres d’où ne provient aucun immigrant? – On peut songer à une solution incitative qui favoriserait les pays d’où ne provient aucun immigrant ou qui collaborent avec la Suisse dans ce domaine. – Mais économiser sur le dos des pays pauvres, est-ce vraiment moral? – Cela fait longtemps que l’aide au développement ne parvient plus là où ce serait utile. Malgré l’aide des pays occidentaux, les plus pauvres en Afrique ne sont pas mieux lotis aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Il faut analyser les actions et les points qui nous paraissent stratégiques et y concentrer nos aides. – Quand allez-vous lancer votre initiative? – Nous avons des priorités, d’abord nous concentrer sur l’initiative contre l’immigration massive durant l’été. Nous allons aussi attendre la fin de la procédure au Conseil des Etats et nous donner le temps d’examiner nos trois variantes.