Pas de surprise lors de l’assemblée générale de l’UDC qui s’est tenue samedi à Confignon (GE). Ses délégués ont massivement soutenu, par 239 voix contre 17, l’initiative «No Billag», qui abolit la redevance radio-TV pour financer le service public. Le débat a vite tourné court: les partisans du non au parlement ont brillé par leur absence ou leur silence.

Cette assemblée a été l’occasion pour l’UDC de déverser toute la colère qu’elle ressent vis-à-vis du service public. Les divers orateurs n’ont pas cherché à ménager la SSR, contrairement à certains partisans de l’initiative qui l’ont fait pour persuader les votants que leur texte n’était pas synonyme de liquidation du service public: «La SSR est une marque extraordinaire, son professionnalisme un gage de qualité. Elle survivra grâce à un plan B», avaient-ils dit.

«La SSR, fabrique de «fake news»

A Confignon, Roger Köppel (UDC/ZH) a sonné une très violente charge politique, se livrant à un véritable réquisitoire contre la SSR, cette institution «étatique, surdimensionnée, surpayée, surestimée et surannée.» En provenance du Forum économique de Davos, le rédacteur en chef de la Weltwoche n’a pas caché la joie qu’il avait éprouvée en écoutant le discours du président des Etats-Unis Donald Trump. «Enfin un politicien qui n’a pas honte de défendre les intérêts de son pays». Dans la foulée, il a lancé: «Les fake news, les fausses nouvelles, n’ont pas été inventées par Donald Trump. La SSR en a toujours diffusé. En usant d’une caméra cachée dans certains reportages, elle a même employé des méthodes dignes de la Stasi est-allemande.»

A l’UDC, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. La SSR n’est qu’un «monopole ne cessant de prêcher dans les trois langues nationales la bonne parole socialiste, monopole qui s’est aussi spécialisé dans le lèche-bottes auprès du Conseil fédéral». Une «propagande» qui n’est pas seulement de gauche, mais aussi pro-européenne, incarnée notamment par l’ancien directeur de la SSR Roger de Weck.

Au Conseil national, sept des 16 membres latins du groupe parlementaire UDC (avec la Lega et le MCG) ont voté contre l’initiative «No Billag». Six d’entre eux se sont abstenus et seuls deux Romands l’ont soutenue: la vice-présidente du parti Céline Amaudruz et le président de l’USAM Jean-François Rime. Or, ce sont justement eux qui ont eu le privilège de monter à la tribune à Confignon. La Genevoise a dénoncé «l’arrogance» de la SSR, surtout lorsqu’elle se présente comme le dernier gardien de la cohésion nationale. «Qui sont-ils, ces pontes de la SSR, pour prétendre être le ciment de notre pays?» interroge-t-elle. Selon Céline Amaudruz, la SSR a trop grandi au fil des décennies: «Elle n’a pas besoin de sept chaînes TV et de 17 radios. L’emprise de la SSR vise non plus à assurer une desserte équitable sur l’ensemble du territoire, mais à justifier le budget relatif à une expansion tentaculaire dépassant largement le mandat de service public qui lui est dévolu.»

Le baroud d’honneur d’Olivier Français

Face à ce tsunami de critiques s’abattant sur la SSR, c’est Olivier Français, le conseiller aux Etats PLR vaudois, qui avait la redoutable mission de combattre l’initiative. Très engagé, il a déploré l’extrémisme d’une initiative qui supprime le mandat de prestation du service public, à savoir le développement culturel et la formation des opinions en assurant leur diversité. «Or, votre parti a aussi profité de cette exigence de pluralité», a-t-il insisté. Autre défaut du texte: il abolit l’autorité des plaintes, qui permet à toute personne critiquée de se défendre. Selon Olivier Français, c’est d’une réforme que la SSR a besoin, pas d’une liquidation: «Moi, quand j’ai mal à la tête, je prends une aspirine, pas une guillotine.»

Malgré ce baroud d’honneur, la messe était dite. Au sein de l’assemblée, seules dix personnes ont pris la parole, presque toutes en faveur de l’initiative. Même un Tessinois l’a soutenue, alors pourtant que son canton est celui qui profite le plus de la clé de répartition du montant de la redevance protégeant les régions linguistiques minoritaires. Le service public offre plus de 1000 emplois à la Suisse italienne. En fait, seul le Vaudois Gérald Nicod s’est engagé contre l’initiative. «Oui, la SSR a souvent stigmatisé l’UDC en la traitant de parti populiste, voire d’extrême droite, concède-t-il. Mais elle diffuse aussi des contenus de bonne qualité dans le film documentaire, le divertissement et le sport.»

Le silence des Romands

Dans ce débat, le silence des députés UDC qui s’étaient opposés à l’initiative au parlement a été assourdissant. Jean-Luc Addor ne cachait pas son embarras. Sa section valaisanne ayant opté pour le oui, il dit avoir observé un devoir de réserve. «Mais je m’oppose à l’initiative, pour garantir la survie des radios et TV régionales d’une part, et d’autre part pour éviter de livrer le marché de l’audiovisuel aux puissances de l’argent par le système des concessions.»

Pour les dirigeants actuels de la SSR, une seule lueur d’espoir au terme de cette assemblée. Jamais l’UDC n’a brandi la menace d’une initiative pour une redevance à 200 francs par an et par ménage en cas de oui, le 4 mars prochain. Roger Köppel, le principal artificier du parti, a certes beaucoup critiqué la vieille garde de l’entreprise, mais pas la nouvelle. Il n’a ainsi pas cité son nouveau patron Gilles Marchand, qu’il considère comme le «Gorbatchev de la SSR» et dont il attend désormais une vraie réforme. Cela offre un répit au service public, qui ne sera pourtant probablement pas de longue durée.