«Quand un groupe tire sur son conseiller d'Etat, ça finit toujours mal», observait lundi un élu aux Chambres fédérales ayant eu à essuyer quelques rafales en tant que membre d'un exécutif cantonal. La mésaventure vécue ce week-end par l'UDC zurichoise devrait au moins avoir pour effet concret de faciliter la vie des conseillers d'Etat, quel que soit leur parti. Ses autres retombées éventuelles sont moins facilement identifiables. C'est avec la plus grande circonspection qu'est abordée la question du caractère conjoncturel ou tendanciel de l'échec de l'UDC. S'agit-il d'un incident de parcours ou du tournant qui verrait la courbe ascensionnelle du parti s'inverser, au terme d'une progression qui paraissait ne plus devoir s'arrêter? Cette question suscite surtout des considérations très indirectes sur le sursaut du PDC et la poursuite du déclin radical. Autrement dit, nul ne se risque à formuler un pronostic.

On aura plus rapidement, dans les jours ou les semaines à venir, la réponse à une autre question qui ne manque pas non plus d'intérêt. Comment réagit l'UDC quand elle perd, une situation qu'elle ne connaît plus depuis longtemps? Certes, c'est la section zurichoise de l'UDC qui a perdu, mais, dans la mesure où la direction du parti suisse se confond pratiquement avec l'UDC zurichoise, son échec concerne l'entier de la formation.

On pouvait lundi déjà faire quelques observations dignes d'intérêt dans les couloirs du Palais fédéral, à commencer par le fait que, en dehors du canton de Zurich, l'échec du week-end n'a pas fait couler beaucoup de larmes, et pas plus dans les rangs de l'UDC qu'ailleurs. Les démocrates du centre des autres cantons ne sont pas fâchés de voir le noyau dur zurichois, qui ne cesse de les prendre de haut et de leur donner des leçons, prendre une claque. La méthode zurichoise, que l'on peut synthétiser par le mot d'ordre «viser bas et tirer fort», s'est soudain révélée contre-productive, et l'on voit que cela est loin de chagriner d'autres sections cantonales.

En fin de compte, l'UDC zurichoise a non seulement échoué à mobiliser les radicaux en faveur de son candidat, elle est même parvenue à en mobiliser une partie contre lui, au profit d'un concurrent pourtant peu charismatique. On a vu d'autres partis aussi mal inspirés par désarroi ou par sottise. L'UDC zurichois semble avoir péché pour avoir cru, l'expérience l'y incitait, que tout lui était permis.

Dans d'autres circonstances, l'alliance entre démocrates du centre et radicaux zurichois avait fonctionné, et en particulier permis l'élection au Conseil des Etats de Hans Hofmann et de Trix Heberlein. Les mauvaises façons faites à Christian Huber, mais surtout l'arrogance employée dans les rapports avec le Parti radical ont changé la donne. Les attaques lancées par Christoph Mörgeli contre Kaspar Villiger ont été la goutte qui a fait déborder le vase. Les radicaux n'ont pas pardonné l'affront fait à leur ancien conseiller fédéral. «On ne peut pas demander aux militants d'un autre parti de voter pour son candidat en ne cessant pas de leur taper dessus», telle est la morale tirée des événements du week-end, y compris dans les rangs de l'UDC. Qui se serait hasardé à relever une telle évidence si l'échec avait été moins net?

Lorsque l'UDC gagne, le parti endosse presque unanimement, a posteriori, les pires outrances, dès lors qu'elles se trouvent justifiées par la victoire. Et la victoire n'a jusqu'ici cessé de légitimer, dans les rangs de l'UDC, le mode d'action du parti «excessif» symbolisé par le «duo infernal» des idéologues zurichois, Christoph Mörgeli et Ulrich Schlüer. Ce week-end, le parti excessif a perdu, et la victoire est venue récompenser, à Lucerne, une aile plus pragmatique et raisonnable de l'UDC. Il y a quelques leçons à en tirer.