La rumeur circulait déjà depuis quelques jours, elle a été confirmée vendredi par le président de l’UDC tessinoise, puis officialisée samedi lors d’une conférence de presse dans une salle bondée à Bellinzone: le conseiller d’Etat Norman Gobbi, représentant de la Lega et actuel président du gouvernement tessinois, est le candidat de l’UDC pour la succession à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf.

La manœuvre a de quoi surprendre, ce d’autant plus que qu’UDC et Lega tessinoises n’ont pas toujours filé le parfait amour. Mais la Lega constitue au Tessin ce que l’UDC est de l’autre côté du Gothard, tandis que l’UDC n’y joue qu’un rôle secondaire. En juillet de cette année, les deux partis ont finalement enterré la hache de guerre en signant un accord de collaboration pour les élections fédérales et les communales de l’an prochain.

Sur le plan national, lire aussi: les 12 papables UDC pour le Conseil fédéral

L’explication de l'UDC

 «J’ai été approché par différentes personnalités du monde économique et politique qui m’ont suggéré de proposer la candidature de Norman Gobbi», a expliqué le président de l’UDC tessinoise Gabriele Pinoja, en précisant que l’UDC nationale le sollicite «depuis plusieurs mois» à avancer le nom ou les noms de papables. Et selon lui, Norman Gobbi est l’homme de la situation.

«Au niveau national, la distinction entre Lega et UDC n’existe pas», a affirmé de son côté le principal intéressé, qui a passé un an au sein du groupe parlementaire UDC en tant que conseiller national, avant de devenir conseiller d’Etat en 2011. Entré en politique très jeune, à l’âge de 19 ans, comme conseiller communal de Quinto, il a ensuite passé par tous les niveaux institutionnels.

Samedi à Bellinzone, les fidèles du ministre de 38 ans étaient accourus nombreux: outre sa famille, plusieurs collègues de parti étaient présents, dont l’autre conseiller d’Etat léguiste Claudio Zali, le maire de Lugano Marco Borradori, le coordinateur du mouvement Attilio Bignasca, ou encore la conseillère nationale Roberta Pantani.

Auteur de déclarations anti-frontaliers et anti-étrangers musclées

Réélu au Conseil d’Etat avec le deuxième meilleur résultat en avril 2015, Norman Gobbi s’est distingué ces derniers mois par des actions ou des déclarations anti-frontaliers et anti-étrangers musclées: on se rappellera notamment les affaires de l’extrait du casier judiciaire requis aux frontaliers ou du retrait de permis à des étrangers à l’assistance sociale, mais aussi la proposition de fermer les frontières face à l’afflux de migrants.

C’est ce dernier thème, celui de la migration, qui, avec la sécurité nationale, tient particulièrement à cœur au ministre tessinois des institutions, ainsi qu’il l’a répété devant les médias. Mais tout en se déclarant être «une personne déterminée et dotée de force de caractère», il souligne sa «capacité au dialogue et son attachement au fédéralisme»

Christophe Darbellay: «On peut travailler avec lui»

«C’est une personne avec laquelle on peut discuter et travailler». Le verdict arrive du président du PDC Christophe Darbellay, interrogé vendredi par ticinonews.ch. Au Tessin toutefois, sa politique vigoureuse n’est pas du goût de tous, même au sein des partis bourgeois. L’avocat et ex-procureur cantonal Paolo Bernasconi a ainsi déjà annoncé une série d’actions visant à entraver sa candidature. «Norman Gobbi ne représente pas le Tessin, mais le parti de la haine», écrit-il.

Depuis 1999, date du retrait de Flavio Cotti, le Tessin tente en vain de placer un représentant au Conseil fédéral. Pour l’UDC et la Lega tessinoises, l’élection à la succession d’Eveline Widmer-Schlumpf représente une occasion unique qui ne se représentera pas de sitôt: «Un train comme celui-ci ne passe que tous les trente ans», selon Attilio Bignasca.