Auditionné mardi par la commission de politique extérieure du National (CEP-N), Dick Marty n'a toujours pas de preuves. Mais de nouvelles pièces viennent progressivement compléter son puzzle. Comme des données de Skyguide et d'Eurocontrol, qui confirment la présence d'appareils suspects dans le ciel suisse et européen.

Pour le reste, le conseiller aux Etats tessinois, mandaté par le Conseil de l'Europe pour enquêter sur l'affaire de la CIA, aurait rappelé les résultats présentés lors de son allocution à Strasbourg, le 24 janvier dernier. Ce qui a divisé la commission: l'UDC contre le reste. «Je n'ai rien appris que la presse n'ait pas publié», fustige le Zurichois Christoph Mörgeli. A ses yeux, le Tessinois se comportant «en anti-américain primaire», essaie de se profiler avec ce dossier.

Tout comme son collègue Ulrich Schlüer, il s'est attiré les foudres des autres membres de la commission, en demandant notamment combien le contribuable allait devoir payer «pour voir Dick Marty brasser de l'air».

Absurde, répliquent d'autres parlementaires. «L'enquête est menée pour le compte d'un organisme international. Elle ne concerne donc en rien le contribuable suisse.» Mais davantage que ces attaques, c'est la position du Conseil fédéral qui inquiète un élu socialiste. En effet, Dick Marty, qui a refusé de s'exprimer mardi, aurait eu des discussions informelles avec des hauts fonctionnaires fédéraux. Ce, alors que le gouvernement a expliqué, pour justifier son absence de contacts avec l'ancien procureur, que celui-ci n'avait pas emprunté les voies prévues par la procédure. «Or, le Conseil fédéral devrait prendre les devants, inviter Dick Marty à sa table, et lui fournir toutes les informations requises.» A ce titre, Dick Marty sera reçu le 23 février par la délégation du Parlement européen qui mène elle aussi l'enquête.

La ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, elle, n'aurait pour l'heure renseigné ni Dick Marty ni la commission sur les explications qu'elle a reçues voici deux semaines de Washington. Des explications qui avaient conduit les autorités helvétiques à prolonger l'autorisation de survol des appareils américains. Et, surprise, Christoph Mörgeli est lui-même sceptique quant à la nature de ces justifications. «Il s'agit sans doute d'une pirouette signifiant que des avions américains ont bel et bien survolé la Suisse, mais qu'ils ne transportaient pas de passagers vers une destination où la torture est pratiquée.» Cependant, contrairement à d'autres parlementaires, l'UDC s'en satisfait.