L’UDC ne se lasse pas d’attaquer la libre circulation des personnes. Ce mardi 30 janvier, elle a remis la compresse lors d’une conférence de presse emmenée par ses spécialistes des dossiers économiques, la CEO d’Ems-Chemie Magdalena Martullo, le chef de groupe Thomas Aeschi et le président de l’USAM Jean-François Rime. Cette fois, elle s’en est prise aux mesures d’accompagnement, mais aussi au poids «disproportionné» que prennent les syndicats dans ce débat.

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«Autrefois, les rapports entre employeurs et salariés étaient réglés de manière souple», note l’UDC. «Autrefois», c’était avant 2002 et l’entrée en vigueur de l’accord sur la libre circulation des personnes, la source de tous les maux. «Depuis, le taux d’étrangers a passé de 20 à 25% et le chômage des étrangers est désormais deux fois plus élevé que chez les Suisses.» C’est dire qu’une forte pression s’exerce non seulement sur la main-d’œuvre helvétique, mais aussi sur les travailleurs étrangers résidents. «Des étrangers plus jeunes, plus qualifiés et plus expérimentés poussent les salariés locaux au chômage», en conclut l’UDC.

Le poids «disproportionné» des syndicats

Pour lutter contre une possible sous-enchère salariale, le parlement a décrété des mesures d’accompagnement, de manière à ce que les entreprises étrangères venant en Suisse assurent à leur personnel des conditions suisses. «Il en a résulté un lourd appareil de surveillance étatique», déplore Magdalena Martullo. «Pire», selon elle. Ces mesures ont conféré aux syndicats «un pouvoir disproportionné». Le syndicat Unia, qui compte 200 000 membres, «ne représente que 4% des cinq millions de salariés en Suisse».

Bien sûr, l’UDC a visé d’abord les syndicats. Mais on peut se demander si son attaque ne ciblait pas aussi le partenariat social dans son ensemble, à écouter Thomas Aeschi: «Les associations patronales et les syndicats s’enrichissent sur le dos des employeurs et des employés en concluant de nouvelles conventions collectives de travail», a-t-il lancé.

Pour l’instant, cette fronde n’est portée que par l’UDC, un parti eurosceptique qui ne cache plus que son objectif est d’aboutir à la résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE. Mais ce même mardi 30 janvier, le Tages-Anzeiger affirme que, selon trois sources concordantes, la diplomatie suisse serait prête à renégocier deux des mesures d’accompagnement chères aux partenaires sociaux: la «règle des huit jours», obligeant une entreprise européenne détachant ses travailleurs en Suisse à annoncer sa venue à l’avance, et la caution qu’elle verse pour couvrir une éventuelle amende au cas où elle ne respecterait pas les conditions de travail suisses. Ces deux dispositions, qui permettent d’assurer une concurrence équitable entre entreprises suisses et étrangères sur le marché du travail, ont de tout temps été considérées par l’UE comme une violation de la libre circulation du travail.

Des rumeurs probablement infondées

Les mesures d’accompagnement ont été déclarées comme une «ligne rouge» par le Conseil fédéral lorsqu’il a adopté son mandat de négociation sur le règlement de la question institutionnelle en 2013. Pourrait-il la franchir depuis l’arrivée d’Ignazio Cassis à la tête du Département fédéral des affaires étrangères, celui-ci ayant promis de presser sur le bouton «reset» dans le dossier européen? «Ce serait regrettable d’affaiblir le dispositif de contrôle permettant de lutter contre les abus», relève Blaise Matthey, directeur général de la Fédération des entreprises romandes. «Si c’était le cas, nous nous dirigerions vers la libre circulation des bas salaires. Ces deux mesures d’accompagnement ne sont pas négociables», insiste pour sa part le vice-président d’Unia Aldo Ferrari.

Selon les sources du Temps, ces informations sont infondées. Mais elles en disent long sur le climat surchauffé qui règne en ce moment dans les coulisses du Palais fédéral.