Retraites

L'UDC tourne le dos aux organisations paysannes

Le parti de droite rejette la Prévoyance vieillesse 2020, pourtant soutenue par l'Union suisse des paysans et son équivalente féminine. Celles-ci sont présidées par des membres d'autres formations politiques. Ceci explique cela

L'UDC ignore le message lancé par les organisations paysannes, dont elle est pourtant proche. Réunis samedi à la caserne de Thoune (BE), les délégués du parti ont décidé par 330 voix sans opposition et une abstention de rejeter la Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020), qu'aussi bien l'Union suisse des paysans (USP) que l'Union suisse des paysannes et femmes rurales (USPF) recommandent d'approuver. Le relèvement de la TVA est rejeté à l'unanimité.

Retrouvez notre dossier sur la réforme des retraites

La conseillère nationale vaudoise Alice Glauser est sans doute l'une de celles que ce dossier tourmente le plus. «Au début j'étais plutôt pour. Puis j'ai compris que les retraités actuelles, notamment les femmes, ne profiteraient pas de l'augmentation des rentes de 70 francs par mois. En revanche, les femmes paysannes plus jeunes disposent souvent d'un emploi rémunéré. Elles sont donc dans une meilleure situation que leurs aînées. Et je pense aux jeunes, qui devront payer davantage de cotisations», témoigne-t-elle au Temps.

L'échec des réformes isolées

L'USPF a un avis différent. Elle confirme que de nombreuses femmes exercent un travail à temps partiel, mais elles en retirent souvent des salaires assez bas. Et, à cause de lacunes de cotisations, elles ont souvent une rente AVS très modeste. Considérant que, malgré le relèvement de l'âge de la retraite à 65 ans, la réforme PV2020 «apporte finalement aux femmes des améliorations urgentes et nécessaires», la conférence des présidentes recommande un «oui clair» le 24 septembre. L'USPF dit avoir tiré les enseignements des réformes refusées ces dernières années: 10e révision de l'AVS et baisse du taux de conversion rejetées par le peuple, 11e révision de l'AVS coulée par le parlement. Elle soutient donc l'approche globale proposée par Alain Berset.

L'USP est sur la même ligne. Son parlement a décidé en avril déjà, par 49 voix contre 9, de soutenir la PV2020. «Nous avons pris en compte la situation précaire dans laquelle se trouve les agriculteurs lorsqu'ils arrivent à la retraite. Les exploitants n'ont généralement que le premier pilier. La hausse de la rente individuelle de 70 francs et de la rente de couple de 226 francs améliorera leur situation. C'est un coup de pouce bienvenu», résume son directeur, le conseiller national PLR Jacques Bourgeois, qui s'est abstenu au parlement alors que son parti combat la réforme. Dans un papier de position, le responsable des affaires sociales de l'USP, Peter Kopp, ajoute que la PV2020, incomplète, «traite des problèmes les plus urgents tels que la démographie et le financement des prestations». Il rappelle que la dernière révision de l'AVS qui n'a pas viré au naufrage remonte à 1997.

La peur des importations agricoles

Ces arguments laissent l'UDC de marbre. Thomas Aeschi reproche à cette «pseudo-réforme» de renforcer l'AVS par rapport au deuxième pilier. Le parti peut compter sur l'appui de l'industriel et ancien conseiller national Peter Spuhler. Retiré de la politique, absent de Thoune, le Thurgovien reprend du service via une interview publiée par Schweiz am Wochenende. Selon lui, la réforme déséquilibre le rapport entre les deux piliers. En outre, la hausse des cotisations nécessaire pour financer le relèvement des rentes AVS de 70 francs par mois pénalisera les entreprises suisses et va au-delà de la simple compensation du report à 65 ans de la fin de la vie active des femmes.

Le fossé se creuse ainsi entre le parti qui prétend le mieux défendre les intérêts des paysans et les organisations professionnelles de ces derniers. Cette évolution s'explique notamment par le fait que le président de l'USP n'est plus un agrarien, mais un démocrate-chrétien, Markus Ritter (SG). Et l'USPF est pilotée par la Bernoise Christine Bühler, membre du PBD. L'UDC se sent plus libre de prendre ses distances, justifient plusieurs membres du parti.

Et cela ne concerne pas que les retraites: une escouade de délégués de l'UDC ne sont pas satisfaits du contre-projet à l'initiative de l'USP sur la sécurité alimentaire. Le parti l'approuve, par 208 voix contre 114 pour 18 abstentions. Mais les nombreux producteurs déçus reprochent à la faîtière paysanne de l'avoir trop rapidement accepté. Dans sa nouvelle formulation, cet article constitutionnel ne leur apporte pas les mêmes garanties que le texte de l'initiative désormais retirée, regrettent-ils. Ils s'en prennent à l'alinéa qui dit que, parce que la production indigène ne suffit pas, le recours à des produits agricoles étrangers reste nécessaire pour la sécurité alimentaire du pays. «Sans certaines importations, elle n'est pas garantie. Johann Schneider-Ammann a assuré que cela n'ouvrait pas la porte à un accord de libre-échange avec l'UE», confirme le conseiller national Jean-Pierre Grin, favorable à ce contre-projet.

Dossier
La bataille des retraites

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