Présidence

A l'UDC, les «trois B» laisseront place à deux Bernois

Toni Brunner, Christoph Blocher souhaitent quitter la direction de l’UDC, après Caspar Baader. Deux Bernois vont prendre les commandes: Albert Rösti et Adrian Amstutz

L’ère des «trois B» s’achève à l’UDC. Le président Toni Brunner, en place depuis 2008, a annoncé samedi, lors du séminaire des cadres à Bad Horn (TG), qu’il se retirera de la présidence ce printemps. Vice-président depuis son éviction du Conseil fédéral en 2007, père spirituel du parti, Christoph Blocher a annoncé dans le SonntagsBlick qu’il allait pour sa part abandonner la vice-présidence du parti. Le troisième élément du trio, le chef du groupe parlementaire Caspar Baader, s’était retiré en 2012.

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A 41 ans, Toni Brunner veut se consacrer à son mandat de conseiller national et à son domaine agricole du Toggenburg. L’UDC souligne qu’il vient de faire son entrée dans une seconde commission parlementaire importante, celle de la sécurité sociale et de la santé publique, qui aura la délicate mission de réformer la prévoyance vieillesse. Toni Brunner siège déjà à celle de l’environnement et de l’énergie, qui a elle aussi de lourds dossiers sur son bureau.

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A 75 ans, Christoph Blocher souhaite ainsi lâcher son dernier mandat politique. Après son éviction du Conseil fédéral en décembre 2007, il avait repris la vice-présidence de l’UDC suisse et fait son retour au Conseil national en 2011. Pour lui tourner le dos au printemps 2014, lassé par les débats parlementaires. Mais il a continué de tirer les ficelles en coulisses et a contribué au succès historique des élections fédérales de 2015, qui ont corrigé l’échec subi quatre ans plus tôt.

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Le couac de 2011

Le bilan des «trois B» est en effet en demi-teinte. En 2011, il recula de 28,9% à 26,6% alors qu’il était en progression constante depuis 1991. Il restait cependant le premier parti du pays et, à ce titre, tenta de reprendre ce second siège au Conseil fédéral, dont il était privé depuis 2007. Mais il s’est pris les pieds dans le tapis avec la candidature du Zurichois Bruno Zuppiger.Cette candidature ayant explosé en vol pour une sombre affaire d’héritage, l’UDC s’est alors rabattue sur le président des paysans suisses Hansjörg Walter et sur Jean-François Rime pour tenter de ravir le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf. Mais la Grisonne fut très confortablement réélue.La législature 2011-2015 fut meilleure pour le parti. En octobre dernier, l’UDC obtint le résultat historique de 29,4%, un niveau jamais atteint par aucun parti depuis l’introduction du système proportionnel en 1919.

S’ajoutent à cela le succès de l’initiative populaire «Contre l’immigration de masse», qui a provoqué dans le monde politique et économique suisse une onde de choc qui n’est pas près de s’apaiser.Ce sont donc de nouvelles personnes qui dirigeront le parti à l’avenir. La succession de Toni Brunner semble déjà réglée. La direction du parti proposera à ­l’assemblée des délégués du 23 avril à Langenthal d’élire le conseiller national Albert Rösti à la présidence. Il rejoindra un autre Bernois, Adrian Amstutz, qui a succédé à Caspar Baader à la tête du groupe parlementaire en 2012.

Vice-présidence romande en question

Albert Rösti siège au Conseil national depuis 2011.Il a dirigé la campagne électorale de l’UDC et a déposé sa candidature pour accéder au Conseil fédéral, avant de la retirer. Ses chances étaient en effet nulles, car il y a déjà deux Bernois au Conseil fédéral. Contrairement à Toni Brunner, Albert Rösti parle correctement le français.

Agé de 48 ans, marié et père de deux enfants, il est le président de la commune d’Uetendorf, près de Thoune. Enfant de Kandersteg, où il a fréquenté la même école primaire qu’Adolf Ogi, il est à la tête de Swissoil depuis 2015. Il a dirigé la Fédération suisse des producteurs de lait de 2007 à 2013, un mandat qui s’est terminé dans la douleur. Albert Rösti avait fait les frais du «blocage stratégique» qui paralysait alors le comité central, dont les propositions étaient régulièrement remises en question par les organisations membres.

Il y aura d’autres changements à la tête de l’UDC. Le secrétaire général Martin Baltisser, en place depuis 2009, part dans le secteur privé. La gouvernance sera repensée et le nombre de vice-présidents, qui avait été porté à sept, sera revu à la baisse. Dans ce cadre, la question de la vice-présidence romande, occupée aujourd’hui par Oskar Freysinger et Claude-Alain Voiblet, sera abordée.
Aucun des deux ne siège au parlement fédéral, ce qui constitue un handicap. Le nom de la conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz, très active durant la campagne qui a conduit à l’élection de Guy Parmelin, est évoqué à Berne. Joint dimanche, Claude-Alain Voiblet confie avoir eu des «discussions informelles» avec le Valaisan et la Genevoise et que des décisions sur d’éventuels changements seraient prises d’ici au 23 avril. «Ce qui prime, c’est l’intérêt du parti», ajoute-t-il.

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