Succès

L’UDC fait une démonstration de force

Le parti blochérien remporte les élections fédérales, grâce à la crise des migrants et à une campagne moins clivante

L’UDC a réussi son pari. Surfant sur le chaos migratoire en Europe, et au terme d’une campagne moins agressive qu’il y a quatre ans, le parti de Christoph Blocher fait figure de grand vainqueur des élections fédérales 2015.

Clips et autodérision

Selon les résultats disponibles à 21h30, l’UDC remporterait 29,7% des voix, en progression de plus de 3% par rapport à 2011. C’est mieux que son score historique de 2007 (29,1%). Elle s’empare de onze sièges supplémentaires pour atteindre 65 élus au Conseil national, un résultat record qui dépasse celui d’il y a quatre ans (62 sièges).

Tous les analystes convergeaient, dimanche soir, pour tenter d’expliquer ce succès. L’UDC a profité du contexte international, marqué par un afflux désordonné de migrants en Europe. «La migration préoccupe les gens, a réagi dimanche le président de l’UDC, Toni Brunner. Nous avons un problème d’asile non résolu en Suisse. La question des vrais réfugiés et des réfugiés économiques n’est pas résolue. Le Conseil fédéral et les autres partis ont toujours affirmé que tout allait pour le mieux, mais ce n’est pas vrai.»

La présence de la thématique migratoire dans l’actualité n’explique pas tout. L’UDC a aussi su renouveler ses candidats, miser sur de nouvelles têtes, avec succès. A Zurich, elle place de nouveaux venus (le journaliste Roger Köppel) à la place de vieilles figures usées (l’idéologue Christoph Mörgeli, le vétéran Hans Fehr). Le parti a mené une campagne centrée sur la réaffirmation de valeurs consensuelles («Rester libre») et sur l’autodérision, avec chansons et vidéos montrant ses leaders costumés en rockers comiques.

S’ils ont suscité les sarcasmes de ses adversaires, ces clips témoignaient d’un sens tactique efficace. «Il y a quatre ans, ce parti avait mené une campagne très offensive, commentait dimanche le politologue Oscar Mazzoleni. Ce climat agressif n’avait pas convaincu l’électorat modéré. Cette fois, l’UDC a réussi à se débarrasser de son image de grand méchant loup.»

Une campagne «plus englobante»

Même constat de la part d’un autre politologue, Pascal Sciarini: «L’UDC a habilement su arrondir son discours», sans en faire trop sur le thème des réfugiés, affirme-t-il. Christoph Blocher l’avait lui-même confié durant la campagne: l’UDC s’est tellement profilée sur ce thème durant des années qu’elle n’a pas eu besoin de marteler ses thèses à l’excès, au risque de passer pour un parti agressif, voire inquiétant. «L’UDC a eu une campagne plus englobante, moins clivante», constate aussi Pierre Dessemontet, géographe vaudois et candidat PS au Conseil national.
Cette approche a pu séduire une base sociologique nouvelle de l’UDC, repérée par une récente étude menée auprès de 42 000 conscrits. Publiée fin septembre, elle montrait que 33% des jeunes Suisses se sentent proches de l’UDC, contre 11% seulement pour le Parti socialiste, qui arrive deuxième. «Ce qui semble relativement nouveau, c’est qu’une partie importante de la jeunesse se sent plus proche qu’avant de valeurs de défense de la nation, commente l’un des auteurs de l’étude, Jacques Amos. Ils ne se considèrent pas pour autant comme très à droite, mais comme «nationaux.»

L’étude montrait aussi que les jeunes Alémaniques sont beaucoup plus concernés par ce phénomène (36% se sentent proches de l’UDC) que les jeunes Romands et Tessinois (respectivement 22% et 18,7% de sympathisants). Cela n’a pas empêché l’UDC de progresser aussi en Suisse romande, avec deux sièges gagnés à Fribourg et en Valais.

La poussée de l’UDC modifie les équilibres politiques suisses. D’autant que l’autre grand parti de droite, le PLR, gagne trois sièges. Le tandem bourgeois que constituent ces deux formations – malgré leurs désaccords – progresse donc de 14 sièges. Le centre et la gauche, en revanche, reculent nettement: 9 sièges perdus pour le centre formé des Vert’libéraux (–6), du PDC (–2) et du PBD (–1); 8 sièges de moins pour la gauche modérée (–3 pour le PS, –5 pour les Verts). La débâcle de l’écologie politique, noyée par la crise des réfugiés, est particulièrement spectaculaire, avec 11 sièges au total perdus par les Verts et les Vert’libéraux.
Le virage à droite enregistré dimanche annonce des rapports de force plus tendus au parlement. Avec une échéance immédiate: la réélection du Conseil fédéral le 9 décembre. Forte de sa victoire, l’UDC réclame un second siège au gouvernement. Et les soutiens d’Eveline Widmer-Schlumpf, que l’UDC veut évincer, sont moins nombreux. Ses partisans lui accordaient un matelas de sécurité d’une vingtaine de sièges. Mais l’ampleur du mouvement vers la droite constaté hier – une trentaine de sièges – fait que son maintien au Conseil fédéral ne tient qu’à un fil. 

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