L’UDC transforme la peur de l’islam en thème électoral

Religion Avant les élections fédérales, le climat anti-islam inspire l’UDC

La menace sur l’identité suisse permet au parti de se profiler

L’islam est en passe de devenir le troisième thème électoral de l’UDC, derrière le refus de tout rapprochement avec l’UE et la politique à l’égard des étrangers.

Interdiction du voile intégral, refus de la reconnaissance des communautés musulmanes par les cantons, initiative contre le Centre islam et société à Fribourg, dans le climat pesant de ce début 2015 marqué par les attentats, les signes de méfiance voire de ressentiment à l’égard de la religion du Prophète se multiplient dans les cercles proches de la droite identitaire.

Au risque de jeter encore de l’huile sur le feu, le comité central de l’UDC a élevé au rang de question nationale un débat sur les relations entre islam et société. Alors qu’il se passait jusqu’ici essentiellement au niveau local, voire cantonal. Vendredi dernier, en marge de l’assemblée des délégués du parti, à Lugano, le «parlement» de la formation a adopté une recommandation demandant «aux cantons de s’opposer clairement à [la] reconnaissance de l’islam en droit public».

Les projets des cantons de Vaud et de Bâle-Ville pour permettre aux communautés religieuses conformes à l’ordre juridique suisse d’obtenir le statut d’intérêt public ont été le prétexte à cette prise de position de l’UDC au niveau national. L’UDC Vaud a déjà annoncé son intention de s’y opposer.

D’autres événements, ces derniers jours, s’y sont ajoutés. Comme le lancement d’une initiative contre le voile intégral et la dissimulation du visage par le Comité d’Egerkingen. Un groupe de membres de l’UDC qui avait réussi à obtenir l’interdiction des minarets en 2009. Enfin, en ce début d’année, le Conseil fédéral a recommandé au parlement d’accorder la garantie fédérale à la Constitution tessinoise qui contient elle aussi un article anti-burqa.

«Il est évident que le thème de la place de la religion musulmane dans la société deviendra une de nos priorités durant la campagne électorale, admet Claude-Alain Voiblet, vice-président suisse. L’islam a une emprise incontestable sur la politique. Nous refusons que l’islam crée une société parallèle en Suisse.» Pour le Vaudois, coordinateur de l’UDC en Suisse romande, «à chaque fois que l’on parle d’intégration, c’est pour demander aux Suisses de remettre en cause leurs fondements culturels». Ce n’est pas un refus de l’islam, selon lui, mais un refus de reculer pas à pas.

Plus nuancé, l’avocat et conseiller national Yves Nidegger admet que la question de l’intégration des musulmans en Suisse nécessite des lieux et des moyens de dialogue, «toutefois les cantons ne reconnaissent pas le catholicisme ou le protestantisme, mais des Eglises instituées, avec un statut juridique, avec lesquelles ils ont des relations historiques. Comment reconnaître des communautés musulmanes sans structures?»

Que les communautés musulmanes fassent d’abord leur travail, dit-il. Tant qu’elles n’auront pas une position claire sur l’égalité entre hommes et femmes, la liberté religieuse et de conscience, la reconnaissance des droits démocratiques, «il est illusoire de parler d’intégration», insiste Claude-Alain Voiblet.

Il est évident que l’UDC ne pouvait pas laisser filer l’émotion suscitée par les attentats terroristes en France sans se profiler, estime le ­politologue Oskar Mazzoleni. En année électorale, ses thèmes de prédilection, UE et immigration, risquent en effet de passer au second plan des préoccupations des Suisses au profit du franc fort et de ses conséquences pour l’emploi, sur lesquels PLR et PS se démarquent.

L’islam, supposé représenter une menace pour l’identité culturelle du pays, permet donc à la droite national-conservatrice de reprendre la main sur un de ses thèmes favoris. Le risque pour le parti de Christoph Blocher était que d’autres, comme Ignaz Bearth, l’imitateur suisse du mouvement allemand Pegida, ou le Parti des Suisses nationalistes (PSN) prennent des parts du marché électoral.

Une fois de plus, comme avec l’initiative contre les minarets, l’UDC joue sur l’ambiguïté, note le politologue. D’un côté, pour ne pas effrayer le PLR avec qui elle souhaiterait une alliance électorale, mais aussi pour ne pas attirer les foudres du monde musulman sur la Suisse, elle joue la carte de la respectabilité et de la responsabilité. Au niveau national, on évoque la liberté et la paix religieuses, la stabilité, le manque de représentativité des groupes musulmans. Par contre, le côté protestataire et identitaire est assumé par des comités annexes, des personnages de second rang ou les partis cantonaux.

«Nous refusons que l’islam crée une société parallèle en Suisse»