politique

L'UDC va se battre pour «une Suisse telle qu'elle est»

Le premier parti du pays décline ses thèmes de campagne en vue des élections fédérales d'octobre. Son cœur de cible, la libre circulation

«Une Suisse qui reste comme elle est, comme nous la connaissons et comme nous l’aimons.» C’est l’Helvétie promise par le nouveau programme de l’UDC 2019-2023, présenté ce jeudi. Sur près de 80 pages, le premier parti du pays y détaille sa vision pour la prochaine législature. La Suisse contemporaine est au bord du gouffre, préviennent les «seuls garants de la liberté et de la sécurité». Voici ce qu’ils proposent afin de «corriger le cap».

Les villes suisses sont dévastées par la violence

La Suisse décrite par l’UDC est postapocalyptique. Les principaux coupables? Les étrangers. «L’immigration démesurée permet un afflux de gens dont nous ignorons l’identité, menace notre liberté, notre sécurité, le plein-emploi et nos paysages», dit le parti. Résultat: «Les assassinats, bagarres au couteau, viols, cambriolages, menaces et brigandages font partie du quotidien. Les trains sont bondés, les routes sont bouchées et les villes sont dévastées par des batailles de rue.» Pour agir contre ce fléau, l’UDC demande l’interdiction du regroupement familial, un renforcement de la protection des frontières «par des mesures architecturales» (la question a été posée, un mur n’est pas envisagé) ou encore le renvoi systématique des réfugiés économiques. Par ces mesures, le parti promet entre autres «plus de sécurité parce qu’il y aura moins de requérants d’asile traînant dans les rues, souvent en état d’ébriété».

L’UDC veut également se débarrasser de la libre circulation des personnes avec l’UE. «Il ne viendrait jamais à l’esprit aux Etats-Unis ou au Canada de donner le droit d’immigrer à plus de 500 millions de ressortissants d’Etats étrangers, s’est emporté le président de l’UDC, Albert Rösti, en conférence de presse. Et qu’on ne vienne pas me dire que sans cet accord la Suisse ne trouverait plus de main-d’œuvre. Sans lui, notre pays pourrait simplement choisir lui-même qui il veut en fonction des besoins de notre économie.» Le parti propose de compenser la perte de l’accès au marché unique par l’intensification des accords de libre-échange hors UE. A condition bien sûr que l’agriculture helvétique soit protégée. Pour retrouver cette indépendance, les conservateurs ont déposé l’initiative «de limitation» en août 2018, qui chargerait le Conseil fédéral d’abroger la libre circulation avec l’UE dans les six mois. Les sept Sages ont déjà pris la décision de principe de s’y opposer sans contre-projet.

La superbe nature suisse

Outre l’immigration, son cheval de bataille favori, l’UDC s’inquiète de la conclusion d’un accord-cadre avec l’UE, qui équivaudrait selon elle à une «adhésion insidieuse». Le parti s’offusque également de voir la souveraineté helvétique «bradée par les élites politiques du pays» et fustige le droit international. Enfin, la formation politique demande la réduction de 1 milliard de francs des aides au développement pour le transférer à l’AVS, l’abrogation des aides étatiques à la culture, un durcissement du droit pénal des mineurs, le renforcement de l’armée, la suppression des bureaux de l’égalité et la réduction des investissements démesurés dans le rail par rapport à la route (tout en se plaignant des trains bondés).

Un domaine va toutefois pour le mieux: l’environnement. «Nos sols et nos cours d’eau sont en excellent état», affirme l’UDC, en parfaite contradiction avec tous les rapports disponibles sur la question. La gauche s’efforce de donner mauvaise conscience aux gens en se lamentant bruyamment et en critiquant tout et n’importe quoi, dénonce le parti, qui n’y voit qu’un «pessimisme hypocrite qui vise à arnaquer le contribuable». «La protection de l’environnement n’a pas besoin de nouvelles lois», conclut-il. «Nul besoin d’objectifs insensés de réduction du CO2.»

Le couperet des élections fédérales

Ce programme diffère peu de son prédécesseur, qui date de 2015. Cette année-là, le parti gagnait 11 sièges au National – pour en totaliser 65, un record – et représenter près de 30% de la Chambre basse. Au même moment, il revendiquait 582 sièges dans les parlements cantonaux, un record là aussi. Malgré ces chiffres impressionnants, les quatre dernières années n’ont toutefois pas toujours été faciles pour les conservateurs. En 2016, leur initiative pour le renvoi effectif des étrangers criminels échouait devant le peuple. En 2017, leur campagne contre la naturalisation facilitée des étrangers de troisième génération connaissait le même sort et, en 2018, la population ne les suivait pas non plus contre les juges étrangers. En quatre ans, l’UDC a également perdu 13 députés cantonaux et tous les indicateurs laissent croire que c’est plutôt les partis verts qui pourraient triompher en 2019.

Alors que la crise migratoire a perdu en importance en Suisse, la rhétorique habituelle du parti fait-elle encore mouche? «Nous voulons au moins nous maintenir au National et si possible gagner des sièges aux Etats», espère Albert Rösti. Les élections fédérales vérifieront si les Suisses croient encore qu’il est possible que rien ne change.

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