Tous les vendredis, Abdullah Mala prêche à Martigny, dans l’ancienne salle à manger d’un restaurant. Aujourd’hui il est «triste et fatigué», parce qu’il se trouve depuis plusieurs jours «dans le viseur de gens qui veulent se faire de la publicité pour gagner une élection». L’UDC demande à la ville d’interdire toute utilisation de ces locaux comme lieu de culte, et dénonce une «mosquée en catimini».

Même s’il s’agit d’un lieu privé, tout était transparent depuis le départ

Originaire du Kosovo et né en Valais, Abdullah n’est pas un imam, mais il suit une formation à distance à l’Institut européen des sciences de l’islam (IESH), un établissement installé en France. Il préside «De la lumière à l’excellence», une association visant à «partager l’islam éclairé d’Europe, qui respecte la primauté du droit national». Elle loue l’ancien restaurant depuis le mois d’avril, et elle y a installé ses bureaux. Depuis le début juillet, l’organisation d’obédience sunnite a mis ses locaux à disposition des musulmans qui souhaitent y faire leur prière. Abdullah Mala y prêche en français une fois par semaine, et il donne parfois des cours le samedi soir. Le secrétaire, un Valaisan converti, explique que «même s’il s’agit d’un lieu privé, tout était transparent depuis le départ». Il ajoute que cette association uniquement financée par ses membres, «surtout des occidentaux», collabore avec de nombreuses organisations qui ne sont pas musulmanes, dont la Plateforme interreligieuse valaisanne (PIV).

La guerre a débuté le 25 septembre dernier, quand un musulman s’est réjoui sur les réseaux sociaux de pouvoir prier dans une «nouvelle mosquée à Martigny». Son message a été relayé par le président de l’UDC valaisanne Jérôme Desmeules, qui se demandait si une autorisation avait été déposée. Son intervention a suscité plus d’une centaine de commentaires, dont plusieurs proposaient d’envoyer une tête de cochon aux nouveaux occupants du bâtiment. D’autres interventions parlaient de «dynamiter les lieux», ou disaient: «un petit feu est vite arrivé». Pour Abdullah Mala, «Ils doivent se rendre compte que derrière ces attaques, il y a des gens, et qu’ils sont blessés». La police municipale passe désormais plus régulièrement dans le quartier, surtout aux heures ou le local est particulièrement fréquenté.

La technique de la guérilla juridique

En Valais, l’UDC a fait de la loi sur les constructions une arme pour «combattre l’islamisation rampante». Le parti avait vainement tenté d’empêcher l’ouverture d’un centre culturel turc dans le village de Vétroz, en faisant opposition au changement d’affectation d’un ancien café au moment de la mise à l’enquête. Ce lundi la section de Martigny a donné dix jours à la ville pour soumettre à l’enquête publique le changement d’affectation des lieux, en promettant déjà de s’y opposer. «Pour mettre la pression», son président Jérôme Desmeules menace de saisir le gouvernement si la municipalité n’obtempère pas dans les délais. Fâché, le président PLR Marc-Henri Favre constate que «ce buzz arrive deux semaines avant les élections». En attendant un avis de droit sur la prière dans les lieux privés, il explique que «c’est une affaire administrative qui sera traitée par le conseil municipal de la ville», et qu’il n’a «pas d’ordre à recevoir d’un parti politique». Il ajoute que «l’article 15 de la constitution, celui sur la liberté de culte, sera respecté».

Pour le président de l’UDC valaisanne Jérôme Desmeules, «il n’y a pas de raison qu’on fasse une exception à la loi sur les constructions pour un lieu de culte islamique», et «on a le droit de supposer que cette mosquée peut potentiellement devenir un foyer de radicalisation». Pour Abdullah Mala, «l’association est en règle, et c’est l’UDC qui ne respecte la loi en incitant à la haine». Parce que «le sentiment d’impunité sur les réseaux sociaux doit cesser», son association déposera ce vendredi plusieurs plaintes pénales contre des militants de l’Union démocratique du centre, dont au moins un candidat au Conseil national.