Réforme de l’aide sociale en vue

Précarité L’UDC refuse que le travail soit parfois moins attractif

Le fait que, dans certaines circonstances particulières, l’aide sociale se révèle plus attractive qu’un emploi mal payé n’a évidemment pas échappé à l’UDC. Par un pur hasard de calendrier, le parti a présenté ses positions à ce sujet le jour même où était révélé le rapport interne commandé par le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia (LT du 30.06.2015).

Pour l’UDC, ce rapport tombe à point nommé, car il confirme ce que le parti affirme depuis longtemps et qui n’a pas non plus échappé à la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS). «Il y a des gens qui sont à l’aide sociale et qui s’en sortent mieux que d’autres qui travaillent», dit le conseiller national Thomas Müller (SG).

L’UDC produit un exemple, qu’il assure authentique: une famille avec trois enfants reçoit de l’Etat 5862 francs par mois pour ses besoins de base (2386 francs), son logement (1305 francs), la caisse maladie (417 francs), l’allocation d’intégration (100 francs) et divers frais (garde des enfants, cours d’allemand, 1654 francs). «Cela n’incite pas à travailler», s’indigne l’UDC.

Le parti s’en prend aux directives de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS), qui servent de références pour déterminer les montants minimaux de l’aide sociale. «Deux tiers des cantons ont déclaré obligatoires les directives de la CSIAS», proteste le conseiller national Albert Rösti (SG). L’UDC ne veut pas supprimer l’aide sociale, mais la réformer. Il appartient toutefois aux cantons et aux communes d’intervenir et non à la Confédération, insiste-t-elle. Cette réforme doit notamment prévoir «une aide sociale dégressive et assurer ainsi une différence financière par rapport à un revenu professionnel» afin qu’«il vaille toujours la peine de travailler.»

Le PS demande une loi-cadre

Or, précisément, la CDAS a annoncé en mai qu’elle allait réformer le système, revoir les forfaits et les sanctions, et cela dès 2016. Elle n’a pas attendu l’UDC pour agir.

L’UDC pense cependant avoir identifié l’origine du mal: l’immigration et l’asile. Le parti souligne que 46,7% des bénéficiaires de l’aide sociale sont étrangers alors que leur part de la population est de 23,8%. «83% des demandeurs d’asile touchent l’aide sociale. C’est un nouveau moyen de gagner sa vie», s’insurge la Genevoise Céline Amaudruz. L’UDC veut que l’octroi d’un permis de séjour soit lié à des restrictions du droit à l’aide sociale.

Peu désireux de laisser l’UDC monopoliser la parole sur ce sujet, le PS a tenu à rappeler mardi ses positions, forcément très différentes. Le PS demande une harmonisation du minimum vital social, une loi-cadre fédérale permettant de gommer les différences de pratiques entre les cantons ainsi qu’un mécanisme péréquatif soulageant les cantons et les communes les plus touchés.

Le PS souhaite encourager l’accès des demandeurs d’asile au marché du travail. Il demande que des mesures soient prises pour réduire le recours des jeunes à l’aide sociale, dont 40% des bénéficiaires sont âgés de moins de 25 ans.