Rien de tel qu'une initiative populaire pour amener la campagne électorale sur son terrain de prédilection. Comme promis, l'UDC lancera d'ici à septembre sa nouvelle initiative sur l'asile. A la lecture, le projet actuel qui doit encore être approuvé par les sections cantonales, est un cousin très proche de l'initiative «Contre les abus dans le droit d'asile», rejetée par le peuple le 24 novembre 2002. Deux ans auparavant déjà, le peuple avait dit non à l'initiative dite «des 18%», qui demandait que la Suisse limite le nombre de ses ressortissants étrangers – immigrés, réfugiés et requérants confondus – à 18% de la population. Mais aujourd'hui, il faut avant tout éviter que le thème ne s'évapore d'ici aux élections fédérales d'octobre.

Pour justifier ce nouvel assaut dont il est l'un des instigateurs, le conseiller national zurichois, Hans Fehr, invoque le scrutin extrêmement serré par lequel la votation de novembre s'était soldée: «49,9% de oui, cela veut dire que le résultat tient du hasard.» Raison pour laquelle il considère que la persévérance de l'UDC sur ce thème n'a rien à voir avec celle, très critiquée par l'UDC, des socialistes sur d'autres questions: «Aux votations de mai, c'était plutôt 15% ou 20% de soutien.» A cet argument s'ajoute l'urgence: dans la campagne précédent le 24 novembre, le Conseil fédéral invoquait la réforme de la loi en cours, qui allait dans le même sens que les propositions figurant dans l'initiative. Or, la commission du National a choisi de traiter parallèlement la révision de la loi sur l'asile et celle de la loi sur les étrangers – dans laquelle sont notamment réglementées les mesures de contraintes. Résultat: la révision s'en trouve «retardée et diluée», dit l'UDC, qui soupçonne en outre le gouvernement de prendre le problème à la légère.

Deux initiatives qui se ressemblent et, chez Hans Fehr, une argumentation qui, elle non plus, n'a guère bougé depuis novembre: «L'objectif fondamental est de dissuader les faux requérants de venir. C'est la seule façon de limiter la population de l'asile chez nous, parce qu'une fois entrés, il est très difficile de les faire repartir.» Principale nouveauté introduite par cette troisième initiative: la Confédération est désignée responsable de tout requérant, de l'instant où il arrive en Suisse jusqu'à son départ. Explication du Zurichois: «Aujourd'hui, le système permet à la Confédération d'ouvrir ses portes à toutes sortes de clandestins, et autres personnes sans papiers d'identité. Elle les répartit ensuite dans les cantons, leur laissant le soin de les expulser.»

Pour le reste, le texte propose un durcissement général des conditions d'accueil, poussant à l'extrême des principes figurant, pour la plupart, dans les réformes en cours. Ainsi, la Confédération a décidé de supprimer les prestations aux personnes sur lesquelles l'administration n'est pas entrée en matière: l'UDC veut étendre ce principe pour toutes les demandes refusées, même à l'issue d'une procédure ordinaire. Comme dans son texte précédent, la règle de l'Etat tiers, consistant à renvoyer d'où elle vient toute personne ayant transité par un pays réputé sûr devrait être appliquée sans tenir compte des objections du pays en question. Par principe, il ne serait pas entré en matière non plus sur la demande de qui serait arrivé sans papiers d'identité ou clandestinement. Ni sur celles émanant de personnes ayant été condamnées par le passé pour des crimes ou des délits: celles d'entre elles qui ne pourraient être expulsées sur-le-champ devraient être enfermées dans un centre créé à cet effet.

«Un théâtre d'été à deux sous, du réchauffé qui sent mauvais»: le porte-parole de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés ne mâche pas ses mots pour qualifier cette nouvelle initiative qu'il juge purement opportuniste. Sur le fonds, il la trouve toute aussi problématique que la précédente, non seulement du point de vue des droits de l'homme mais aussi de son applicabilité: «Quel canton voudrait accueillir un centre destiné aux requérants condamnés?» Il relève également que refuser l'aide sociale à un requérant débouté constituerait une atteinte à la dignité humaine: «Déposer une demande d'asile n'est pas un abus en soi et on ne peut pas jeter des gens à la rue parce que leurs demandes auraient été refusées.»

A cela, Hans Fehr répond qu'il n'y a qu'un seul moyen de dissuader les «faux requérants»: appliquer des principes clairs et sans exception, quitte pour cela à dénoncer la Convention des droits de l'homme. Et si le peuple disait non une troisième fois, l'UDC s'inclinerait-elle? «La troisième fois, ce sera oui.»