L’UDC est le premier parti du pays grâce à une capacité de mobilisation sans égal. C’est aussi le parti le plus détesté, avec deux Suisses sur trois qui ne voteront jamais pour lui. Cette situation fait de lui une «victime de la polarisation», selon la mise en perspective du politologue Georg Lutz, auteur de l’étude Selects sur le résultat des élections fédérales de 2011.

L’enquête, menée sous l’égide la Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales (FORS), à Lausanne, a été réalisée auprès de 4391 électeurs interrogés par téléphone durant les trois semaines qui ont suivi le scrutin de l’automne dernier (marge d’erreur: +/- 1,5%). Menée tous les quatre ans depuis 1995, elle pemet d’analyser de manière pointue l’évolution des rapports de force partisans.

En 2011, avec 26,6% des suffrages exprimés pour l’élection au conseil national, l’UDC a enregistré son premier recul après une croissance ininterrompue. Ce coup d’arrêt n’est pas lié à une baisse de la mobilisation des électeurs du parti. Au contraire: le parti de Christoph Blocher a mobilisé 74% de son électorat potentiel, contre 72% en 2007. Ce score plus faible est le fruit d’une baisse de son potentiel électoral: 35% des sondés ont indiqué pouvoir voter pour l’UDC, contre 38% en 2007. Une décrue notamment liée au schisme qui a mené à la création du PBD.

Le premier parti du pays peut-il encore espérer gagner des parts de marché? Présent lors de la conférence de presse pour évoquer l’avenir à la lumière des résultats de l’étude, le politologue Pascal Sciarini exprime de sérieux doutes sur la question. Selon lui, l’UDC se trouve confrontée à un dilemme. Soit elle «droitise son discours» pour essayer de mobiliser encore mieux son électorat. Soit elle «se recentre pour améliorer son potentiel». Les deux stratégies auraient des effets collatéraux. La première induirait «une stagnation potentielle» et «une incapacité plus élevée à faire des alliances». La seconde entraînerait «un recul de la mobilisation» parmi l’électorat traditionnel du parti.

L’étude Selects donne de l’espoir aux autres partis. Libéraux-radicaux, socialistes et verts libéraux disposent d’un potentiel électoral qui avoisine les 40%. Reste à transformer l’essai: le PS (45% de son potentiel concrétisé dans les urnes en 2011) et le PLR (37%) ont encore des progrès à faire. Mais ils font beaucoup mieux que les Verts libéraux (14%), à la ligne politique encore floue qui séduit à gauche et à droite de l’échiquier politique.

Pour la première fois, l’étude de la FORS s’est intéressée aux Suisses de l’étranger et aux électeurs issus de l’immigration. Avec un taux d’environ 30%, la participation des 1629 sondés vivant dans un autre pays est bien inférieure à la moyenne nationale de 48,5%. Un décalage qui s’explique en partie par les contraintes pratiques du vote par correspondance. La participation s’élève à 41% pour les Suisses de l’étranger qui ont pu voter électroniquement.

Les citoyens de la «5e Suisse» ont le plus souvent donné leur voix au PS (24% des voix), «parti ouvert à l’Europe et au monde». L’UDC arrive en deuxième position (20%) devant les Verts (15%) et le PLR (12%). Chez les électeurs naturalisés, les différences sont bien moindre: le PS est légèrement surreprésenté et l’UDC faiblement sous-représentée par rapport à la moyenne suisse.