UDC et «Weltwoche» main dans la main contre l’asile

Migration Le parti tire à boulets rouges sur Simonetta Sommaruga

Avec l’appuide Roger Köppel, qui s’affiche en UDC pur sucre

Seule contre tous, l’UDC entre dans la campagne électorale en tirant sans nuance sur une cible: la politique d’asile de la Suisse, qu’il identifie à Simonetta Sommaruga, seule et unique responsable à ses yeux du chaos qui caractérise le domaine de l’asile.

Si l’UDC est le seul parti à attaquer cette politique de manière aussi violente, elle peut néanmoins compter sur la Weltwoche et son patron, Roger Köppel. L’éditorialiste était présent samedi à l’assemblée des délégués du parti à Kerns (OW). Il y a distribué le dernier numéro du magazine, en couverture duquel il caricature la présidente de la Confédération en candide madone.

Et Roger Köppel, jusque-là davantage connu des agrariens comme patron de presse que comme candidat au Conseil national, a montré qu’il était clairement des leurs. Selon lui, Simonetta Sommaruga fait «vibrer la corde des grands sentiments» à propos de la tragédie syrienne au lieu d’agir pour réduire le nombre de requérants d’asile, qui sont en majorité érythréens et donc «illégaux», critique-t-il. Citant les statistiques de l’asile, il ne se prive pas de souligner que c’est durant le court règne de Christoph Blocher que les chiffres ont été les plus bas. En revanche, il ne dit pas que cette période s’est située entre les grandes crises des Balkans (fin des années 90), de l’Erythrée et du Proche-Orient (dès la fin des années 2000), à une période où les flux migratoires connaissaient un certain répit.

Le président de l’UDC, Toni Brunner, met pour sa part en évidence la pression que les flux migratoires actuels exercent sur les accords de Schengen et de Dublin. A ce propos, la NZZ am Sonntag a publié dimanche des extraits d’un rapport du Département fédéral de justice et police, qui constate que, en 2014, les pays européens n’avaient repris que 2638 requérants d’asile alors que la Suisse avait présenté 14 900 cas relevant du mécanisme de reprise voulu par l’accord de Dublin.

L’UDC surfe sur ces difficultés. Ses délégués ont décidé samedi à l’unanimité d’envoyer une lettre à Simonetta Sommaruga. La missive contient une série de revendications qui, toutes, ont trait à la politique migratoire.

L’UDC réclame un moratoire sur l’asile d’une durée d’un an en recourant au droit d’urgence. Le parti réclame en outre des centres fermés pour les requérants. Dans la même veine, l’UDC exhorte ses sections locales à s’opposer à tout nouveau projet d’ouverture de centres d’hébergement. Le parti s’appuie sur le témoignage de Martina Bircher, conseillère communale UDC à Aarburg (AG). Dans cette bourgade proche d’Olten, le canton d’Argovie a loué un troisième centre d’accueil, portant ainsi à 130 le nombre de requérants logés dans la commune. Ce sont en majorité des Erythréens, qui finissent en partie à l’aide sociale, affirme-t-elle. Martina Bircher estime le coût pour la collectivité locale entre 1,5 et 3 millions de francs. La lettre réclame une réduction de l’accès à l’aide sociale et du regroupement familial ainsi que l’expulsion sans délai de requérants déboutés.

L’UDC réclame aussi une politique autonome en matière de contrôle des frontières, «si nécessaire avec l’aide de l’armée». Or, critique Ueli Maurer, sans hésiter à enfreindre les règles de la collégialité, la défense nationale ne peut se satisfaire du plafond de dépenses que le Conseil fédéral a fixé à 4,7 milliards dans le budget 2016. Il faut au moins 5 milliards, plaide-t-il en se réjouissant de l’attitude de l’UDC lors des récents débats parlementaires sur le développement de l’armée. N’ayant pas obtenu l’inscription de ce montant dans la loi, l’UDC a refusé la réforme, tout comme le camp rose-vert, mais pour d’autres raisons.

La démarche de l’UDC ne fait pas l’impasse sur la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration. L’UDC reproche au Conseil fédéral, mais ce n’est pas nouveau, de ne pas appliquer l’initiative comme il le devrait. Contrairement à tous les autres partis et à la plupart des associations économiques, l’UDC exige des contingents stricts et une renégociation de l’accord bilatéral, proposition qui n’a jusqu’à maintenant reçu aucun écho de la part de l’UE.

Le parti réclame une politique autonome de contrôle des frontières, «si nécessaire avec l’aide de l’armée»