Dans moins de deux semaines, les Suisses se prononcent sur la «loi contre l’homophobie», qui propose l’ajout de «l’orientation sexuelle» aux critères de discrimination déjà interdits par le Code pénal: l’ethnie, la race et la religion. Largement accepté par les deux Chambres du parlement en 2018 et soutenu par tous les partis à l’exception de l’UDC – qui défend le statu quo sans pour autant mener activement campagne contre la réforme –, l’amendement a été attaqué par référendum par l’Union démocratique fédérale (UDF). De quelle formation s’agit-il? 

«La crainte de Dieu»

Présidée par le Saint-Gallois Hans Moser, père de neuf enfants, l’UDF s’engage «en faveur d’un ordre politique fondé sur les valeurs bibliques» et conduit ses actions «ancrées dans la foi en Jésus-Christ». «La crainte de Dieu», «une guérison de la Suisse dans le domaine spirituel» et la défense du «mariage à vie entre un homme et une femme» comptent parmi les points fondamentaux de son programme. Ce dernier met par ailleurs en garde contre l’islam, «incompatible avec les valeurs judéo-chrétiennes», et réclame le transfert de l’ambassade de Suisse de Tel-Aviv à Jérusalem. Farouchement opposée au diagnostic préimplantatoire, à l’avortement et au suicide assisté, l’Union démocratique fédérale réclame une interdiction de toute recherche scientifique permettant «la destruction de la vie humaine avant ou après la naissance». Gardienne de l’ordre moral contre la «décadence de la société», elle prône également l’abstinence – en matière de sexualité comme de drogues. Si les primes d’assurance augmentent, ce serait d’ailleurs, selon elle, en bonne partie dû aux coûts induits par les toxicomanes.

Lire aussi: «La haine homophobe n’est pas un avis comme un autre»

Relativement récent, le petit parti est le fruit historique du rapprochement de deux courants: le Parti républicain, formation d’extrême droite créée par James Schwarzenbach, politicien resté dans l’histoire pour son initiative (rejetée) «Contre l’emprise étrangère», qui demandait que la population étrangère ne dépasse pas 10% en Suisse; et le Parti évangélique, formation religieuse toujours en activité. Déçus par le positionnement centriste de ce dernier, certains de ses membres se réunirent avec des affiliés du premier et donnèrent naissance à l’UDF en 1975. Actuellement représentée par une vingtaine de membres dans six parlements cantonaux (AG, BE, SH, TI, TG, ZH), la formation qui oscille autour des 2% de vote au niveau fédéral n’a compté que cinq conseillers nationaux dans son histoire. Après huit ans d’absence et «par la grâce de Dieu», souligne son portail web, elle vient cependant de faire son retour sous la coupole fédérale avec Andreas Gafner (BE). Discret, le Bernois a rejoint le groupe parlementaire UDC et jusqu’ici déposé une unique intervention concernant l’épandage de lisier.

Un rempart contre Satan

Bien que marginal et surtout présent dans le canton de Berne, le parti fondamentaliste parvient périodiquement à imposer son agenda au niveau national, comme c’est actuellement le cas en prônant la liberté d’opinion pour s’opposer à la pénalisation de l’homophobie. Sa plus grande victoire remonte à 2009, année qui voit le comité d’initiative «Contre la construction de minarets», dont il fait partie, remporter l’une des votations fédérales les plus décriées de l’histoire du pays. «Une victoire contre l’emblème public de la conquête islamique», dira l’UDF. Plus récemment, en 2016, la section zurichoise a aussi fait parler d’elle outre-Sarine en déposant une initiative cantonale visant à interdire constitutionnellement le mariage pour tous dans le canton situé de part et d’autre de la Limmat (défaite à plus de 80%).

Sous le feu des projecteurs, la formation religieuse devrait continuer d’occuper l’espace médiatique après le 9 février puisqu’elle fait partie du comité d’initiative «Contre la burqa», dont le texte devrait être soumis au verdict des Suisses cette année. A moins qu’elle ne revienne une fois encore sur le devant de la scène à l’occasion de l’une de ses salves contre les tentations du diable. En 2007, elle avait en effet déposé une pétition contre la chanson de DJ BoBo «Vampires Are Alive» interprétée pour la Suisse à l’Eurovision. Motif: elle aurait offert une plateforme à l’occultisme et aux satanistes. Rebelote en 2016 pour dénoncer avec fermeté le comportement diabolique de l’ancienne conseillère fédérale Doris Leuthard, qui avait eu l’audace de prendre la pose avec des cornes sur la tête lors d’un concert d’AC/DC à Zurich.

Lire également: Appel aux urnes contre l’appel à la haine

Souvent tournée en dérision, régulièrement défaite, l’UDF s’achemine vers une nouvelle votation difficile: 70% des sondés sont actuellement opposés à leur référendum. Toutefois pas de quoi déstabiliser ses membres, dont le site internet rappelle qu’ils avancent «avec la grâce de Dieu. En 2020 comme en 2019!»