La grande tente blanche montée dans le Parco Ciani, le jardin public de Lugano sur la rive du lac, indique que tout est prêt pour accueillir le 15e Congrès mondial consacré aux lymphomes malins (ICML). Cette manifestation, du 18 au 22 juin, transformera la ville tessinoise en capitale mondiale de la recherche oncologique.

«Tout a commencé un peu par hasard en 1981, rappelle Franco Cavalli, oncologue de réputation internationale et ancien conseiller national, qui en est le fondateur et président. Lors d’un petit symposium de l’Union internationale contre le cancer tenu deux ans auparavant, les participants avaient beaucoup aimé l’endroit et ont lancé l’idée d’organiser un congrès consacré aux lymphomes», précise celui qui, septuagénaire plein d’allant, vient de rentrer de Boston et s’apprête à orchestrer le congrès.

Million de bénéfice

Parmi les spécialistes contactés par Franco Cavalli aux Etats-Unis pour la première édition, se trouvaient plusieurs juifs liés à Lugano depuis qu’ils y avaient séjourné après avoir fui l’Allemagne nazie dans l’attente d’obtenir leur visa pour les Etats-Unis. «Je tiens à préciser, souligne le professeur, que les oncologues et chercheurs américains ont plutôt tendance à snober nos congrès européens, ce qui n’est heureusement pas le cas pour Lugano, où ils viennent présenter les résultats de leurs recherches.»

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Jusqu’en 2011, l’ICML s’est tenu tous les trois ans. Depuis, il est biennal, en anglais et sans traduction simultanée. Le comité d’organisation est formé de neuf membres, qui peuvent compter sur 200 personnes pour mettre au point tout le programme, des conférences aux ateliers, en passant par la logistique, l’hébergement, les transports et les activités parallèles pour les accompagnateurs. L’organisation de l’ICML coûte 3 millions de francs et les inscriptions en rapportent 4. Le million de bénéfice est entièrement versé à la Fondation pour la recherche sur les lymphomes, précise Franco Cavalli.

Investissements au CHUV

Le congrès 2019 est consacré aux cellules CAR-T, soit les cellules génétiquement modifiées en laboratoire et prélevées du système immunitaire du patient pour reconnaître les cellules tumorales. Réimplantées ensuite dans le patient, elles sont censées détruire les globules blancs en excès: «Cette méthodologie thérapeutique est extrêmement coûteuse, on parle de traitement oscillant entre 500 000 et 1 million de francs», explique Franco Cavalli.

«Le canton de Vaud a déjà investi environ 30 millions de francs pour préparer son Centre hospitalier universitaire (CHUV) à l’appliquer. Il est le seul hôpital de Suisse habilité à le faire à ce stade. Mais il faut néanmoins tenter d’en diminuer la toxicité, car celle-ci est encore trop forte.» L’histoire des cellules CAR-T sera résumée lors d’une des leçons principales du congrès de Lugano, par son inventeur, le docteur Carl June de Philadelphie (Etats-Unis).

«Classification de Lugano»

Jusqu’au 22 juin, les activités du congrès de Lugano auront lieu sous la grande tente du Parco Ciani, au Palais des congrès tout proche, à l’Aula Magna et à l’Auditorium de l’Université de la Suisse italienne (USI), au cinéma Corso ainsi qu’à la Villa Ciani. Les 4000 participants, oncologues, biologistes, pharmaciens, chercheurs viennent de toute l’Europe, des Etats-Unis, de la Chine, de l’Australie et d’Amérique du Sud. L’Afrique sera représentée surtout par des observateurs.

«Grâce à notre congrès, le nom de Lugano est entré dans la terminologie mondiale», conclut Franco Cavalli. On parle en effet de «classification de Lugano» pour une classification particulière de lymphomes. Le seul souci du fondateur et organisateur en chef de l’ICML concerne la capacité hôtelière réduite de la ville hôte: «Nous espérons que ce problème sera résolu pour 2021, avec l’ouverture du tunnel du Monte Ceneri et la liaison ferroviaire directe avec Locarno et Ascona, car ce serait dommage de perdre le congrès pour une simple question de manque de lits!»