Le déficit d’attention dont estiment souffrir les Tessinois s’exprime de manière particulièrement forte lors de cette élection au Conseil fédéral. Les espoirs liés au radical Fulvio Pelli étant douchés, le canton a reporté ses ambitions sur une candidature démocrate-chrétienne. Le conseiller d’Etat PDC Luigi Pedrazzini, dont le nom avait été cité au début de l’été, a annoncé hier, à l’issue du délai de candidature fixé par son parti, son intention de briguer la succession de Pascal Couchepin le 16 septembre.

Luigi Pedrazzini est conscient que ses chances d’être désigné par le groupe PDC aux Chambres, qui s’accordera le 8 septembre sur une candidature de combat unique, sont minces. Mais le ministre tessinois, par ailleurs membre de la direction du parti suisse, lance avant tout un appel, «une invitation au débat». N’est-ce pas un peu tard pour sortir du bois? «Cette provocation est légitime», dit-il. «Jusqu’à présent, la Suisse italienne comptait sur la disponibilité de Fulvio Pelli. Mais son parti a renoncé à le présenter.» La candidature d’un Tessinois est-elle liée, de près ou de loin, au débat sur la non-latinité d’Urs Schwaller? Aucunement, assure encore Luigi Pedrazzini. «Nous devons profiter de chaque occasion pour rappeler que le gouvernement doit, aussi, regarder vers le sud du pays.»

Le secrétaire du PDC tessinois, Marco Romano, abonde. La candidature de son collègue Pedrazzini n’est pas irréfléchie. «Nous sommes en contact depuis le début de la campagne avec Konrad Graber (ndlr: président de la commission électorale du PDC). Mais nous ne voulions pas nuire à une éventuelle candidature de Fulvio Pelli. Comme le PLR n’a montré aucun respect vis-à-vis du Tessin, nous essaierons de convaincre le PDC de l’importance d’une représentation de la Suisse italienne au Conseil fédéral.» Cela étant, précise Marco Romano, si le groupe devait s’accorder sur une candidature d’Urs Schwaller, «ce dernier deviendrait alors notre candidat».

Un cri, donc. Du côté de la direction du parti suisse, on assure que l’appel tessinois sera entendu. «Luigi Pedrazzini est une forte personnalité, aux compétences reconnues», souligne le président du PDC, Christophe Darbellay. «Je comprends la déception liée à l’éviction de Fulvio Pelli. La discussion sur la représentation du Tessin doit effectivement être menée. Je rappelle cependant que, sur les sept conseillers fédéraux tessinois que la Suisse a comptés depuis 1848, quatre étaient démocrates-chrétiens (ndlr: Enrico Celio, Giuseppe Motta, Giuseppe Lepori et Flavio Cotti).»

Luigi Pedrazzini risque-t-il, dès lors, de bousculer la stratégie du PDC dans la course à la succession de Pascal Couchepin? Pas vraiment. Christophe Darbellay n’en fait d’ailleurs pas mystère: «Urs Schwaller reste, à ce jour, la personne qui a le plus de chances d’être nommée par le groupe PDC. Nous devrions donc, sans surprise, nous retrouver avec un face-à-face Burkhalter contre Schwaller le 16 septembre.»

Même son de cloche du côté du sénateur Philipp Stähelin, ancien président du PDC. «Personnellement, souligne le Thurgovien, je connais bien Luigi Pedrazzini, que j’apprécie. Mais, même s’il fait partie de la présidence du parti, il reste plus ou moins un inconnu pour le groupe démocrate-chrétien aux Chambres.» Et pas question, pour le PDC, de présenter plus d’un candidat à l’élection: c’est aux prétendants de s’adapter à la stratégie, et non l’inverse, rappelle le parti.

Le PS, faiseur de rois lors de cette élection, se montrera-t-il sensible à l’égard du Tessin? «C’est au PDC de se décider entre les candidatures d’Urs Schwaller et de Luigi Pedrazzini», souligne un socialiste. «Cela dit, Urs Schwaller représente un canton romand. Et, de toute évidence, nous ne soutiendrons aucun candidat sauvage.»