Le contraste est saisissant. Hier, c'est dans une lugubre salle du dépôt des transports publics (TL) de la région lausannoise que le municipal des Travaux lausannois, Olivier Français, a sobrement annoncé l'ouverture «officielle» au public du M2 pour lundi prochain. A 05h26 précisément. Il y a un mois, l'inauguration était célébrée en grande pompe (LT du 19.09.2008) malgré les incertitudes qui pesaient sur la date d'ouverture et sur la fiabilisation du système.

De l'enthousiasme des flonflons, on est passé au vocable de la prudence. Le trac avant le lever de rideau. «C'est l'épreuve du feu pour tout le personnel, résume Michel Joye, directeur des TL. Jusqu'à maintenant, nous avons fonctionné à vide, sans la clientèle.» Et elle fait un peu peur aux responsables du métro, cette fameuse clientèle: impatiente, exigeante, pressée et, sans doute, très nombreuse - du moins les premiers jours. «En général, on estime que quatre pannes sur dix sont provoquées par des passagers pour diverses raisons», indique Philippe Leguay, directeur du projet d'exploitation du M2. «Il faut aussi que le client découvre son métro.» «Dès la semaine prochaine, avec les passagers à bord, nous allons apprendre énormément», estime Michel Joye.

«Nous sommes en avance»

C'est lundi soir que la décision de se lancer à l'eau a été prise. Depuis une dizaine de jours, des indices d'un nouveau report de la date d'ouverture ont été publiés dans la presse. Un nouveau report aurait sans nul doute été mal accueilli tant l'impatience est grande et tant l'annonce du premier report de la mise en service a frustré, provoquant au passage son lot de rumeurs sur la fiabilité du système. Avec en sus une mini-crise politique à propos d'un tronçon de 220 mètres de voie unique censée être la cause de tous les maux.

«Je voudrais quand même signaler que, le 24 novembre 2002, nous avions fixé la date du 14 décembre 2008 pour l'ouverture du M2. Nous sommes donc même en avance», dit, sourire en coin, Olivier Français. Le 14 décembre 2008 sera par contre la date de l'entrée en service du nouveau réseau routier des TL, entièrement restructuré autour de la ligne de métro. Seules les lignes de «métrobus», qui ont pallié entre Ouchy et le centre la fermeture de la mythique «ficelle» durant le temps des travaux, seront définitivement supprimées. Durant sept semaines, l'ancien réseau continuera donc de fonctionner, jouant ainsi un rôle de filet de sécurité en cas de problèmes avec le M2.

Maladies de jeunesse

Car le potentiel de maladies de jeunesse est encore cossu. Outre le rodage du personnel, les TL rencontrent encore des soucis au niveau de l'information aux voyageurs et, surtout, des soucis techniques provoquant de manière aléatoire des pannes. Il s'agit essentiellement de fausses alarmes qui se déclenchent, «car le système est très sécurisé», précise Michel Joye. Et Olivier Français de se lancer dans une explication de texte pour bannir l'expression «fiabilisation» du système au profit de sa «disponibilité». «Nous n'avons aucun problème de fiabilité.»

L'effet du M1

La mise en service du M2 permet à ce dernier de rejoindre son cousin, le M1, autrefois baptisé TSOL pour «Tramway du Sud-Ouest lausannois». Et la petite famille d'attendre désormais la gestation politique du petit dernier, le M3, qui devrait naître sous la forme d'un tram reliant le centre-ville au plateau de la Blécherette. Son tracé reste encore à définir - à l'air libre via la Borde ou en souterrain via le Palais de Beaulieu.

A sa mise en service, en 1991, personne n'imaginait que le M1 allait provoquer une véritable rupture. «Le M1 a été la charnière entre la fin des transports publics qui étaient conçus pour une époque sans voiture et une époque avec des transports publics performants qui cohabitent avec du transport motorisé individuel. Il a provoqué une sorte de rupture dans le déclin des transports publics», estime Vincent Krayenbühl, chef du Service cantonal de la mobilité. Et le M2 profite aujourd'hui du «coup de fouet» donné par le M1 une quinzaine d'années auparavant.

Le nouveau métro va-t-il provoquer un effet identique? «On est clairement dans un effet d'entraînement, analyse Vincent Krayenbühl. Avec des transports publics efficaces, on a plus de clients et donc plus de moyens pour des investissements. On perçoit bien cette dynamique dans la région lausannoise avec les projets d'agglomérations.» Les projets en matière de transports ne manquent pas, en effet.

D'ici à 2014, il est prévu de réaliser un réseau «d'axes forts» pour plus de 300 millions, comprenant la construction d'un tram entre Renens et le Flon, de plusieurs nouvelles lignes de bus en site propre sans oublier le projet du M3. Il est également prévu de doubler la cadence du Lausanne-Echallens-Bercher (LEB) en la passant à un train toutes les 15 minutes.