Le oui de l'UDC à l'initiative des 18% n'a pas surpris Jürg Frischknecht, journaliste à Zurich et coauteur d'un ouvrage sur les «Coteries de droite» en Suisse après l'effondrement du communisme. Sous l'impulsion de son leader Chris-toph Blocher, note-t-il, l'UDC n'a cessé, ces dix dernières années, de développer depuis Zurich une stratégie de conquête de l'électorat d'extrême droite. Flatter les sentiments racistes et xénophobes d'une partie de la population entrait dans cette stratégie. «A l'UDC, tous les moyens étaient bons pour gagner des parts électorales, au nom d'une lutte pour la conquête du pouvoir.» Le désaveu essuyé samedi par Blocher et la direction nationale de l'UDC apparaît comme «la conséquence d'une politique menée sans considération morale ni éthique».

Le débordement des dirigeants de l'UDC par leur base va-t-elle freiner le dynamisme du parti? «Je suis sceptique», avoue Jürg Frischknecht, qui juge irréaliste la menace d'éclatement de l'UDC. L'unité entre d'une part des militants ultraconservateurs et d'autre part des dirigeants néolibéraux, entrepreneurs milliardaires pour certains, n'est pas en danger, pense-t-il. «Comme figure charismatique du parti, Blocher occupe une place à part. Il peut trahir les plus extrémistes de ses électeurs sans que sa popularité en pâtisse. Les déçus d'un jour oublient vite…»

C'est la troisième fois que le tribun zurichois est en porte-à-faux avec l'aile la plus conservatrice de l'UDC, analyse Jürg Frischknecht. Il s'est abstenu de combattre la norme pénale contre le racisme en 1994; cette année, il a refusé de s'engager dans la campagne référendaire contre les bilatérales. Sur ce même sujet, il a essuyé un revers devant l'Association pour une Suisse indépendante et neutre qu'il préside. A ceux qui voient dans ce désaveu et celui de samedi dernier les signes d'un déclin, Jürg Frischknecht fait remarquer que jamais encore les électeurs de Blocher ne lui ont tenu rigueur de sa duplicité: «Les intérêts du politicien et de l'entrepreneur peuvent entrer en contradiction, il reste l'unique dépositaire des espoirs de l'électorat extrémiste.» Par son discours simpliste diabolisant les minorités, les étrangers, l'Etat et les institutions internationales, Blocher et l'UDC ont en effet acquis le monopole de la droite conservatrice, un monopole qui fait aujourd'hui leur force.

Peter Niggli et Jürg Frischknecht, «Rechte Seilschaften», Rotpunktverlag, 1998.