L'Université de Fribourg veut marquer sa différence. Mardi, la direction, emmenée par Urs Altermatt, a présenté un nouveau programme, «Bilingue Plus», qui devrait renforcer le caractère confédéral de l'académie fribourgeoise. Une démarche originale, dans son but – former de vrais bilingues – comme dans son financement.

Avec 10 000 étudiants dès cette rentrée, l'Université de Fribourg occupe la sixième place dans l'ensemble des universités et EPF, le nombre de nouveaux étudiants baissant d'environ 15%. Cette décrue, estime le rectorat, est surtout due à la fin des doubles volées issues de la nouvelle maturité dans les cantons alémaniques. Le poids des langues dans la maison reste stable: les étudiants y parlent d'abord allemand (51%), puis français (29%), italien (8%) et les autres langues . Mais, surtout, Fribourg a la particularité d'attirer une majorité d'étudiants d'autres cantons: les Fribourgeois ne représentent que 20% du total de l'effectif. Berne, le Valais, le Tessin, Lucerne, voire Zurich fournissent l'essentiel des forces vives. Cette originalité se retrouve dans son financement. Fribourg est la seule université pour laquelle le pouvoir cantonal n'apporte pas la majorité du budget. Sur 165 millions prévus pour cette année (en hausse), le canton participe à hauteur de 33%, presque autant que les autres cantons qui paient pour leurs étudiants ayant migré (32%) et que la Confédération (27%).

Ces traits uniques expliquent les choix du rectorat. Faute d'un vrai programme de législature, l'équipe en place depuis mars 2003 mise sur la carte du bilinguisme déjà bien amorcée ces dernières années. «Bilingue Plus» constitue une nouvelle étape, plus concrète. Pour l'heure, le programme est proposé aux étudiants en droit. S'ils réussissent un examen, ils peuvent suivre une formation intensive afin de maîtriser l'autre langue, français ou allemand. L'essentiel est constitué de cours de langue, mais les responsables insistent sur la dimension culturelle: on va jusqu'à se demander si l'on peut couper la parole lorsque l'on débat avec un interlocuteur alémanique, par exemple, en raison de la structure grammaticale des phrases. Le programme, qui représente huit heures de travail en plus par semaine, est étoffé de manifestations axées sur la Suisse plurilingue et de rencontres avec des personnalités politiques ou de l'économie, le fil conducteur étant formé par les besoins professionnels.

Pour le vice-recteur, Erwin Murer, «cette formation parallèle offrira un atout considérable sur le marché du travail», en permettant ainsi d'aborder une négociation ou un avis de droit dans l'autre langue. Les étudiants semblent partager cet avis: cette phase pilote a attiré 330 candidats: 52, soit 35 alémaniques et 17 francophones, ont été admis. Autre innovation, les étudiants participent aux frais, pour 500 francs par semestre. Le solde, afin de lancer le projet, a été fourni par un «généreux mécène» qui tient, assure-t-on, à rester anonyme. Pour la suite, Urs Altermatt évoque un soutien du canton et une recherche de fonds. Les sciences économiques pourraient être la prochaine section à bénéficier de «Bilingue Plus».

La haute école s'est en outre dépêchée d'introduire les nouveaux titres de bachelor et master, la quasi-totalité des sections étant désormais passées à ce régime. Dans la concurrence qui s'annonce pour la création de masters attractifs, qui puissent capter les étudiants prometteurs, Fribourg veut là aussi jouer sa carte. «Bilingue Plus» devrait s'étendre jusqu'au niveau du master.