«Dans un contexte de concurrence nationale, voulu par la politique fédérale, l'Université de Fribourg doit se concentrer sur ses atouts, notamment celui d'être la seule université bilingue, pour rester compétitive.» Paul-Henri Steinauer, le recteur de l'Université de Fribourg, réaffirme la principale orientation du plan stratégique «Horizon 2011», adoptée cette année par le Conseil d'Etat.

Lors de la traditionnelle conférence de presse de rentrée, le recteur a dressé l'état clinique de l'Alma Mater tout en posant des jalons pour l'avenir. Bonne nouvelle: la rentrée 2002 démontre l'attractivité grandissante de Fribourg. Selon les premières estimations, l'université atteint cette année un nouveau record en frôlant les 10 000 étudiants immatriculés, soit 800 de plus qu'en 2001. Sur ce point statistique, l'Université de Fribourg rejoint presque Lausanne.

Bien plus, Fribourg veut renforcer son identité bilingue et se doter de pôles de compétence reconnus et compétitifs. Une stratégie qui doit être mise en œuvre malgré des perspectives financières peu réjouissantes. Notamment la stagnation des subventions cantonales et fédérales à court terme ainsi que celle des ressources propres. Seul le canton va injecter 4 millions de francs de plus dans les enveloppes budgétaires pluriannuelles (Le Temps du 7 novembre). Pour faire face aux mutations en cours, le rectorat a fixé trois grandes priorités pour l'avenir.

• Choisir des pôles de compétence

«Il faut trouver des niches scientifiques, bien identifiées, auxquelles nous allouons l'essentiel des moyens. Ces pôles doivent permettre à plusieurs professeurs de s'engager sur des projets compétitifs», indique Paul-Henri Steinauer. Chaque faculté est ainsi invitée à choisir trois ou quatre domaines prioritaires. Par exemple, le recteur évoque la possibilité de recentrage des moyens de la Faculté de droit sur le droit européen, le droit de la construction et le fédéralisme, «où Fribourg a une position de leader».

Si aucune faculté n'est amenée à disparaître «afin de conserver la vocation universaliste de l'institution», chaque unité devra se restructurer et faire des choix. «Le processus va créer certaines tensions dans les facultés, même si la solidarité fait aujourd'hui son chemin», conclut Paul-Henri Steinauer.

• Intégrer le système européen

Dès cette année, les cursus des facultés de droit, des sciences économiques et sociales ainsi que celui du Département d'informatique vont être compatibles avec le système universitaire européen, régi par la Convention de Bologne. Les facultés des lettres (2003), des sciences (2004) et de théologie (2005) vont suivre. Avec un cursus calqué sur le modèle américain du bachelor (B.A.) et master (M.A.), soit en principe bac +3 ans d'études, puis deux ans supplémentaires pour le master, Fribourg devient eurocompatible.

Mais l'université veut avant tout se battre sur «la reconnaissance de la qualité de ses enseignements, de sa recherche et des diplômes décernés», notamment par un système d'évaluation interne (tous les 6 ans) et externe (tous les 12 ans). Fribourg continuera ainsi à délivrer des licences en lettres, tout en ajoutant au document son équivalent européen, le Master of Art.

• Renforcer le réseau BeNeFri

La collaboration avec les universités de Berne et de Neuchâtel reste une priorité. Ce réseau de collaboration interuniversitaire recouvre les 25% des étudiants suisses. Hiatus: «Neuchâtel ne veut plus mettre tous ses œufs dans le panier BeNeFri. Ce canton désire également collaborer avec l'Arc lémanique. Ce n'est pas un problème pour nous, car cela ne met pas en cause les accords actuels. Mais c'est moins agréable», admet Paul-Henri Steinauer, qui s'en remet à «l'axe fort Berne-Fribourg».

Raison de ce revirement neuchâtelois? «De manière générale, la politique de Neuchâtel se tourne aujourd'hui plus vers l'Arc lémanique. De plus, les Universités de Genève et Lausanne prennent plus de temps à appliquer Bologne, alors que le reste de la Suisse va de l'avant. L'Université de Neuchâtel y voit peut-être une opportunité pour se rapprocher de l'Arc lémanique», suppose le recteur fribourgeois.