Après la chimie, l'Université de Lausanne cédera en octobre prochain à l'Ecole polytechnique voisine (EPFL) ses sections de physique et mathématiques. Cette réorganisation du campus lausannois a fait de la Faculté des sciences une coquille presque vide, hormis la biologie et la géologie. Le rectorat propose donc de remodeler l'institution selon un plan présenté mercredi.

La Faculté des sciences laisse ainsi la place à une Faculté des géosciences et de l'environnement, qui absorbera la géographie, aujourd'hui en Lettres. Comptant 20 professeurs et 70 assistants, cette nouvelle division proposera des «bachelors» (premiers cycles) ainsi que cinq «masters», par exemple en géologie et études urbaines. «Nous voulons répondre au besoin social de comprendre l'homme dans son environnement, et nous misons sur une synthèse des sciences exactes et humaines», annonce Dominique Arlettaz, actuel doyen des Sciences. Une inconnue subsiste toutefois, la réaction des lycéens: se laisseront-ils convaincre? Le recteur Jean-Marc Rapp se veut confiant, estimant que l'interdisciplinarité promue par la nouvelle entité pourrait séduire certains jeunes jusqu'ici tentés par les sciences sociales et politiques.

L'enjeu majeur se joue cependant au niveau de la médecine, les sciences du vivant étant au cœur des partages de tâches et des concurrences qui marquent la place lémanique. Après avoir envisagé de créer une faculté de biologie à part entière, les stratèges lausannois ont opté pour une option maximaliste: l'intégration de la biologie et ses 700 étudiants – de loin la plus grande section des sciences – dans la médecine, qui compte quelque 1500 étudiants au total. La nouvelle structure rassemblera donc les biologistes de toutes tendances, y compris ceux qui étudient les végétaux et les animaux, ainsi que les médecins et les chercheurs hospitaliers. «Notre spectre ira de la recherche fondamentale au lit du patient», résume Michel-Pierre Glauser, doyen de la Médecine. La faculté comprendra trois écoles – de biologie, de médecine et de doctorants – et dispensera des «masters» en biologie médicale, des populations et cellulaire. Dans des domaines proches, certains titres pourraient être décernés en commun avec l'EPFL, voire avec Genève. Cette nouvelle faculté comprendra d'ailleurs le centre – commun aux trois institutions – de recherche en génétique qui, en 2004, prendra place dans l'actuel bâtiment de la pharmacie. Pour les Lausannois, le pari est d'envergure: les facultés de médecine vont au-devant de réformes majeures, et en misant sur l'intégration – des questions fondamentales à la clinique –, ils avancent une carte dans la partie qui se joue à l'échelle nationale.

L'avenir de l'Institut de biochimie, qui pourrait se trouver isolé à Epalinges après le départ de l'Isrec pour l'EPFL et, peut-être, celui de l'Institut Ludwig, fait l'objet de «scénarios» proposés au Conseil d'Etat, indique Jean-Marc Rapp. La création de ces deux nouvelles facultés engendrera 720 000 francs de frais de fonctionnement supplémentaires par année pour la médecine, et 5,5 millions répartis jusqu'à 2006 pour les géosciences. Le Grand Conseil devrait se prononcer ce printemps.