Coup de chaleur sur l'Université de Lausanne. A deux reprises, le Sénat – l'assemblée générale de l'institution – s'est penché sur un projet de révision de la loi sur l'alma mater proposée par la conseillère d'Etat Anne-Catherine Lyon. Les conclusions des professeurs sont cinglantes, illustrant un durcissement des fronts dans les réformes académiques en cours.

Après Genève et Neuchâtel, le gouvernement vaudois souhaite augmenter l'autonomie de son université tout en simplifiant son organisation. De cette idée en vogue, le projet en consultation jusqu'au 18 août tire des options marquées. Ainsi, les instances législatives – dont le Sénat – sont supprimées au profit d'un unique conseil de l'université, composé entre autres de 16 représentants des étudiants, 12 des professeurs et autant des assistants, ainsi que de 10 membres extérieurs nommés par le Conseil d'Etat. Cet organe définit la stratégie de l'école, approuve le budget et propose au gouvernement des candidats pour le poste de recteur. Le rectorat, jusqu'à cinq membres, serait flanqué de deux directeurs, pour les finances et les ressources humaines. L'université serait libre d'organiser ses facultés – leur nombre ne figure plus dans la loi, comme à présent – et de gérer son budget annuel. D'une organisation «fédéraliste», les auteurs indiquent que l'institution passerait à «une structure procédant du centre vers la périphérie». En clair, une centralisation des pouvoirs. Le texte propose des aménagements pour les assistants, assure que le futur master (2e cycle) sera ouvert aux porteurs d'un bachelor (maturité + 3 ans) et stipule que les taxes d'études «ne doivent pas constituer un obstacle à l'accès aux études».

Majorités de circonstance

Déjà fâchés d'être consultés en période d'examens, les professeurs ne mâchent pas leurs critiques, même si leur communiqué officiel déplore, sans autre détail, un projet de loi qui remet «profondément en cause le système de gouvernance de l'université». L'instauration d'un seul législatif – le conseil de l'université – est contestée avec vigueur. Les enseignants redoutent de voir des décisions d'importance prises par des majorités de circonstance, d'autant que leur poids respectif serait atténué. Leurs représentants devraient rester majoritaires, estiment-ils, citant l'exemple de Neuchâtel, où coexistent désormais un sénat (le corps enseignant) et un conseil de l'université comprenant des personnalités extérieures. La montée en puissance du rectorat ne trouve pas davantage grâce à leurs yeux. Sous prétexte d'autonomie, l'Etat opère une «mainmise» sur l'académie, déplore-t-on. Le président du Sénat, Silvio Munari (HEC), tranche: «Ce projet fait fi de ce qui constitue une institution académique.»

Une fois n'est pas coutume, Anne-Catherine Lyon dispose en revanche d'alliés objectifs parmi les représentants estudiantins. La Fédération des associations d'étudiants applaudit «des progrès mesurés mais significatifs sur le plan de la participation» aux instances universitaires. Tempêtant dans un langage coloré contre ces professeurs «réactionnaires» et «mandarins», les étudiants saluent en outre la manière dont la conseillère d'Etat socialiste envisage l'introduction des titres de bachelor et master.

La colère des professeurs lausannois – que le rectorat, à les en croire, suivrait sur la plupart des points – s'inscrit dans un contexte de changements tous azimuts dans le paysage universitaire, portant sur les cursus, les rapprochements entre écoles, les financements… A travers ce projet cantonal qui leur est soumis, ils semblent manifester aussi leur impatience face aux orientations données par les autorités fédérales. Cela dit, le reste de la partie se jouera bien à Lausanne, lorsqu'Anne-Catherine Lyon présentera sa version révisée, cet automne. L'entrée en vigueur de la nouvelle loi est souhaitée pour la rentrée 2004.