Lucerne repart à zéro pour la construction de sa nouvelle université. Ni le cube de 11 étages de l'architecte grison Valerio Olgiati (LT du 19.01.2004), ni tout autre bâtiment nouveau ne verra le jour. Le canton a décidé d'abandonner le site retenu dans un premier temps et d'interrompre la procédure de concours. Le projet était dans l'impasse depuis plus d'une année. Non seulement la première place obtenue par Valerio Olgiati avait fait l'objet d'un recours partiellement accepté par le tribunal administratif, qui avait jugé qu'un membre du jury était trop proche de l'auteur du projet primé. Le gouvernement aurait dû soit refaire le concours, soit au moins changer la composition du jury. Mais surtout, une large opposition s'était formée dans la population contre l'endroit choisi pour y implanter la nouvelle alma mater. Le gouvernement, fortement sous pression, s'était vu alors adjoindre une commission spéciale du Grand Conseil pour planifier la suite.

Entre temps, la popularité de l'Université de Lucerne et de sa Faculté de droit permet aux autorités de sauver la face. Car à la dernière rentrée, elle comptait déjà 1200 étudiants, soit le nombre maximum qui aurait eu place dans le nouveau bâtiment. La commission a donc beau jeu d'invoquer une «situation complètement changée» pour justifier l'abandon et du site et du bâtiment. Une sortie élégante d'un imbroglio juridique qui vaut, peut-être, les 2,2 millions de francs investis dans le concours.

Lucerne mise dorénavant sur l'aménagement de deux complexes déjà existants. L'un, l'Hôtel Union, accueille déjà provisoirement les étudiants. L'autre, un ancien centre de la poste situé près de la gare et du lac, semble avoir les faveurs de la commission: plus vaste, il pourrait également abriter la Haute Ecole pédagogique et des écoles professionnelles, et permettrait surtout de procéder par étapes. La décision finale tombera en janvier. Le temps presse pour le gouvernement lucernois, qui veut déposer le projet avant l'automne 2005 pour pouvoir encore bénéficier du taux de subventionnement fédéral maximal de 52%!

Les coûts de cette nouvelle mouture sont estimés à quelque 120 millions de francs, contre 70 millions pour l'ancienne. Pour Albert Vitali, vice-président de la commission parlementaire, la solution retenue est la meilleure: le projet initial n'aurait de toute façon eu aucune chance devant le parlement, et encore moins en votation populaire.