Ce dimanche, à l’extrême est de la Suisse, la population se prononce sur un crédit de 160 millions de francs pour l’extension du campus de l’Université de Saint-Gall, spécialisée dans l’économie et le droit. Les quatre grandes forces politiques représentées au parlement cantonal s’accordent sur la nécessité de ce projet, qui devra créer 3000 places supplémentaires. Conçu pour 5000 étudiants, l’établissement en compte actuellement 8600 (dont quelque 600 Romands). Aux Saint-Gallois désormais de dire s’ils acceptent le nouveau campus, qui pourrait s’ouvrir en 2027 au cœur de la ville.

Ce scrutin a aussi valeur de test pour la prestigieuse institution, qui a vu, au cours des derniers mois, sa réputation ternie par des affaires de dépenses excessives, mais aussi par des accusations de conflits d’intérêts. «Gestion scandaleuse des deniers publics», titrait au début de l’année le St. Galler Tagblatt, détaillant les excès compilés dans un rapport du contrôle cantonal des finances. Les mandats externes de plusieurs professeurs ont également suscité de houleux débats politiques et jeté le doute sur l’indépendance de l’institution. A commencer par celui du recteur Thomas Bieger, président du conseil d’administration de Jungfraubahn, blâmé en septembre 2018 par la Finma pour manipulation des marchés. Pour une école qui se targue d’excellence dans l’enseignement de la gouvernance d’entreprise, la pilule passe mal.

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Un vote risqué

Le vote de ce dimanche «n’est pas gagné d’avance», estime le conseiller d’Etat saint-gallois responsable de l’Education, l’UDC Stefan Kölliker. D’autant que la «fabrique de l’élite», perchée sur la colline de Rosenberg, reste perçue dans l’opinion publique comme éloignée de la population. Les votations précédentes le montrent: alors que les projets concernant un gymnase et une école secondaire sont en général largement approuvés, il en va autrement lorsqu’il s’agit de dépenses publiques destinées à l’université.

En 1970, les Saint-Gallois avaient ainsi refusé un agrandissement de ce qui s’appelait encore «l’école de commerce», pourtant soutenu par le gouvernement et le parlement cantonal. En 1985, puis en 2005, des enveloppes pour la rénovation de l’université étaient acceptées, mais à de courtes majorités. Stefan Kölliker espère toutefois que les efforts fournis par l’institution au cours des quinze dernières années pour se rapprocher de la population – université pour les enfants ou conférences ouvertes au public – porteront leurs fruits.

«Nous sommes convaincus que les mesures importantes prises dans le domaine de la conformité ont regagné la confiance de la population et des responsables politiques», affirme de son côté Marius Hasenböhler-Backes, directeur de la communication. L’université a lancé un audit général dans l’ensemble de ses instituts. Les règlements sur les frais et les fonctions secondaires des professeurs ont été revus de manière à apporter davantage de transparence.

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Poids lourd économique

A la veille de cette votation décisive pour son avenir, l’institution compte aussi sur son poids économique dans la région: elle figure parmi les gros employeurs avec 3000 postes et contribue à la création de valeur à hauteur de 235 millions de francs par an. Son modèle repose sur un tissu de relations étroites avec les entreprises et un réseau de 28 000 alumni. «Plus de 120 spin-off de l’Université de Saint-Gall ont été créés, qui ont généré en 2018 plus de 150 millions de francs de chiffre d’affaires et plus de 3500 emplois depuis leur création», souligne Marius Hasenböhler-Backes. L’institution affirme être «ouverte à tous» et relève qu’elle s’est hissée parmi les meilleures universités d’économie d’entreprise d’Europe tout en restant un établissement public: «Au niveau du bachelor, 75% de nos étudiants ont un emploi à côté de leurs études et ils sont 100% dans ce cas de figure en master», relève encore Marius Hasenböhler-Backes.

L’Université de Saint-Gall, où ont étudié le président d’UBS Suisse Axel Lehmann, l’ancien conseiller fédéral Arnold Koller ou encore l’ex-directeur général de la SSR Roger de Weck, peut se consoler avec sa réputation internationale: elle occupe la 4e place du classement European Business School du Financial Times et attire de nombreux étudiants de l’étranger. Leur taux étant limité à 25%, elle a mis en place pour eux un examen d’entrée lui permettant de sélectionner des talents qui contribuent à son rayonnement. Enfin, l’institution s’apprête à mettre en place, en collaboration avec l’Université de Zurich, un master en médecine. Dès l’automne 2020, 40 étudiants pourront rejoindre ce nouveau programme. Une branche qui a d’ailleurs les faveurs de la population: 86% des Saint-Gallois ont approuvé ce projet en juin 2018.