Cri de colère polyphonique d’une jeunesse genevoise qui dit étouffer, le défilé sauvage de samedi dernier semble avoir pris de court l’Usine elle-même, temple de la vie alternative du canton. Le centre autogéré n’était «pas à l’origine de la manifestation» et n’était que «spectateur», assurait mardi l’un de ses permanents, Clément Demaurex, dans nos colonnes.

Cinq autorisations

Pourtant, c’est bien vers l’Usine que se sont repliés des manifestants après l’orage. Comme pour rappeler que le conflit qui oppose l’Usine à l’Etat sur sa mise en conformité administrative reste enlisé. Alors que la nouvelle loi sur la restauration, le débit de boissons, l’hébergement et le divertissement (LRDBHD) doit entrer en vigueur le 1er janvier, aucune solution pérenne ne semble se profiler.

Depuis plusieurs mois, les services de Pierre Maudet exigent de l’Usine qu’elle demande à l’avenir cinq autorisations pour ses cinq débits de boissons. Une proposition que le centre avait acceptée «par dépit» en avril dernier, pour autant que l’Etat se satisfasse de son autorisation unique jusqu’en 2016 et fasse débloquer les dons de la Loterie romande. Mais, estimant depuis que Pierre Maudet n’a pas respecté cet accord et a hâté ses exigences de conformité, l’Usine refuse désormais la logique des cinq sésames, la jugeant incompatible avec son caractère unitaire, non hiérarchique et autogéré.

Propositions rejetées

Une proposition de l’Etat aurait pu démêler l’écheveau cet automne. Le 29 octobre, le directeur de cabinet de Pierre Maudet, Patrick Baud-Lavigne, proposait par courrier à l’Usine d’autoriser cinq personnes à signer chacune des cinq autorisations. «De manière à permettre une responsabilité certes individuelle, mais qui ne soit pas concentrée sur une seule personne», précisait-il. Offre rejetée par l’Usine, pour qui «cette solution induirait nécessairement une torsion dans notre structure unitaire et collective», explique Clément Demaurex.

La situation aurait encore pu évoluer la semaine passée. Le 16 décembre, le Conseil d’Etat rassurait d’abord l’Usine quant au maintien de ses subventions pour 2016. Celles-ci étaient menacées par un projet de délibération voté le 28 octobre par le Conseil Municipal. Echauffé par une manifestation de soutien organisée en octobre dernier, le délibératif de la Ville avait décidé de geler les subsides de l’Usine jusqu’à ce qu’elle demande ses cinq autorisations. Or le canton a vidé cette décision municipale de son caractère contraignant. Geste d’apaisement? Non, répond l’Usine, pour qui ce n’est que la correction légale d’une «mesure illégale» votée par le Conseil municipal.

La veille, le 15 décembre, l’Usine avait également refusé une nouvelle proposition des services de Pierre Maudet. «En substance, ils nous proposaient, pour 2016 et sans la détailler, une solution dite légale et respectueuse de notre unicité, résume Clément Demaurex. Mais ils conditionnaient cette solution mystère au fait que nous demandions cinq autorisations pour la fin de l’année. Nous avons refusé. Soit la solution est légale et n’est donc pas soumise à une contrepartie préalable, soit c’est du bricolage, ce qui n’est pas satisfaisant.»

Impasse totale sur le plan légal

Porte-parole du Département de la sécurité et de l’économie, Emmanuelle Lo Verso confirme qu’une solution légale a bien été proposée mais que celle-ci a «a priori été refusée». Ne souhaitant pas commenter cette mystérieuse solution, elle rappelle que «l’exigence de cinq autorisations reste d’actualité».
N’étant pas en conformité avec la loi actuelle, l’Usine ne pourra pas bénéficier de la période de transition prévue par la LRDBHD. Sur le plan légal, l’impasse reste donc totale. Un flou artistique qui promet de durer sans poser plus de problèmes que cela: le département ne semble pas faire de l’Usine et de son avenir réglementaire une priorité absolue.