«Couchepin ignare, Couchepin bourreau de la reprise, Couchepin à contresens.» Les dirigeants de l'Union syndicale suisse (USS) puisent allègrement dans le dictionnaire des noms d'oiseaux pour qualifier la stratégie du ministre de l'Intérieur à propos de l'AVS. Celui-ci reçoit cependant le soutien des jeunes radicaux, qui ont dépêché mercredi une escouade en maillot de bain à l'endroit où l'USS tenait sa conférence de presse. Pourquoi en maillot de bain? Parce que, contrairement à ce qu'affirment les leaders syndicaux, l'avenir de l'AVS n'est pas assuré et se taire aujourd'hui équivaut à «laisser les jeunes nus demain», argumente cette poignée de manifestants.

Qui dit vrai? Qui ment? Tout est question d'interprétation des prévisions économiques et démographiques. Pour Pascal Couchepin comme pour les jeunes radicaux, le vieillissement et le recul de la population active poseront de sérieux problèmes de financement au-delà de 2015. C'est la raison pour laquelle le chef du Département fédéral de l'intérieur (DFI) a ouvert le débat sur les solutions possibles pour relever les défis futurs de l'AVS: il propose de choisir entre une hausse de la TVA, le relèvement de l'âge de la retraite à 66 ou 67 ans d'ici à 2025 et la suppression de l'indice mixte qui calque l'adaptation des rentes AVS sur l'évolution des prix et des salaires. Les jeunes radicaux ont bien assimilé la leçon, puisqu'ils parlent même de la retraite à 70 ans.

«La peur du lendemain»

L'USS n'est pas d'accord. Pour son président, Paul Rechsteiner (PS/SG), Pascal Couchepin présente une «équation simpliste». «Ce qui conditionne l'avenir de l'AVS, c'est en premier lieu l'évolution économique, surtout celle des salaires réels», affirme-t-il. Il condamne les «scénarios ultra-pessimistes» avancés par le chef du DFI. Celui-ci admet que la croissance est difficile à prévoir à long terme, mais il juge les données sur l'évolution du nombre de retraités et d'actifs suffisamment claires pour que des mesures soient prises sans attendre. Paul Rechsteiner conteste: «Ou Pascal Couchepin n'a pas lu les études commandées par son propre département et, ignare, il mène une campagne électorale en méconnaissance des faits. Ou il les a lues, et sa politique repose sur la tromperie», accuse-t-il.

Que disent ces études que Pascal Couchepin n'aurait pas avouées? Secrétaire responsable du dossier social, Colette Nova les a épluchées. Elle relève par exemple le passage où il est signalé que, sans l'indice mixte que le conseiller fédéral propose d'abandonner, les personnes à petit et moyen revenu «seraient déjà tombées dans la détresse matérielle». Pas question, par conséquent, d'en accepter la suppression. Quant au relèvement de l'âge de la retraite, c'est «un non-sens économique», décrète Colette Nova. «Si la Suisse manque de main-d'œuvre un jour, il n'est aucunement besoin d'augmenter l'âge légal. Comme l'AVS le permet déjà, il suffirait qu'une partie des personnes en retraite anticipée poursuivent leur travail jusqu'à l'âge légal. Le retarder aurait pour effet d'amener les patrons à faire transférer des dizaines de milliers de personnes à bas revenu à l'assurance invalidité», affirme-t-elle.

L'USS conteste «la peur du lendemain» diffusée par Pascal Couchepin. «Ses propositions provocantes ont un effet négatif sur la consommation et entraînent un réflexe d'épargne supplémentaire», déplore Rudolf Rechsteiner (PS/BS). A ses yeux, les difficultés du deuxième pilier, le frein à l'endettement, le programme fédéral d'économies – qui, selon l'Institut de recherches économiques bâlois BAK, réduira la croissance de 0,1% – «constituent une grosse hypothèque pour la Suisse». L'USS considère qu'un redémarrage de la croissance suffira à résoudre les éventuels problèmes de l'AVS. Pour le financement à court et moyen terme, la hausse de la TVA, un impôt sur les successions, les revenus de l'or et les bénéfices de la BNS sont autant de sources à exploiter. Pascal Couchepin est manifestement d'un autre avis.