Le comité directeur de l'Union syndicale suisse (USS) a décidé à la quasi-unanimité – 20 voix sans opposition et une abstention – de renoncer à lancer un référendum contre l'extension de la libre circulation des personnes. Prise lundi soir, cette décision ne signifie cependant pas que le monde syndical approuve en bloc l'ouverture du marché suisse du travail aux ressortissants des nouveaux Etats de l'UE.

Certaines sections d'UNIA affichent un penchant pour la consultation populaire, par exemple dans les cantons de Vaud et du Tessin. UNIA prendra une décision définitive en assemblée des délégués le 15 janvier. «Dans certaines régions frontalières, le climat n'est pas très favorable. Ce sera controversé. Mais nous sommes optimistes, nous ferons un grand travail de persuasion pour convaincre nos délégués de renoncer au référendum», promet le coprésident d'UNIA et vice-président de l'USS, Vasco Pedrina.

Le comité de l'USS a surtout constaté qu'il avait obtenu gain de cause sur quasiment toutes les mesures d'accompagnement supplémentaires qui avaient été demandées. Il s'agit en particulier de l'extension facilitée des conventions collectives de travail et de l'obligation faite aux cantons d'engager 150 inspecteurs du travail supplémentaires. Lancer un référendum contre l'extension de la libre circulation remettrait en question ces mesures de protection salariale, puisque le tout est lié en un seul et même arrêté fédéral.

Salaires déjà sous pression

Or, la pression sur les salaires n'est pas une menace liée à l'extension de la libre circulation, «mais une réalité d'ores et déjà bien présente», rappelle le président de l'USS, Paul Rechsteiner. C'est contre ce risque de dumping que les syndicats veulent lutter, et un référendum n'y changerait rien. «Depuis le 1er juin, de nombreux cas de dumping salarial ont été constatés, en particulier dans les cantons frontaliers. L'afflux de faux indépendants, l'engagement de travailleurs temporaires et le recours systématique à des autorisations de séjour de courte durée mettent les salaires sous pression», avertit Christian Levrat, président du Syndicat de la communication.

Les syndicats attendent des cantons qu'ils appliquent les premières mesures antidumping, en vigueur depuis le 1er juin. «Les contrôles des salaires et l'activité des commissions tripartites, qui, dans de nombreux cantons, ne fonctionnent pas ou pas correctement même six mois après l'entrée en vigueur de ces mesures, nous préoccupent au plus haut point», relève Paul Rechsteiner. Il salue la mise sur pied, par le ministre de l'Economie Joseph Deiss, d'une task force, mais cela ne suffit pas. Il reste des régions et, surtout, des branches très exposées, comme la plâtrerie-peinture, la menuiserie, l'hôtellerie, la restauration, l'agriculture, les transports ou le nettoyage, où la protection conventionnelle est souvent lacunaire.

L'USS va suivre l'évolution de la situation ces trois prochains mois et ne déterminera qu'en avril la nature de sa campagne. Si le contrôle des salaires ne s'améliore pas, elle pourrait décider de ne pas s'engager activement en faveur de l'extension de la libre circulation des personnes, qui sera de toute manière combattue par la droite nationaliste. Elle souhaite en tout cas que la votation ait lieu le plus tard possible, soit en septembre 2005, ce qui laissera davantage de temps aux cantons et aux employeurs pour tirer les leçons des cas de dumping dénoncés depuis juin.