Salaires

L’USS veut relancer le pouvoir d’achat des Suisses

Dans ses revendications, présentées pour la première fois par Pierre-Yves Maillard, la faîtière syndicale demande une hausse générale des salaires de 2%. Une augmentation «significative» du revenu des femmes est aussi réclamée

«Nous voulons faire émerger dans le débat politique la nécessité d’une hausse des salaires.» Avec cette volonté, Pierre-Yves Maillard a présenté pour la première fois, comme président, les revendications salariales de l’Union syndicale suisse (USS). La faîtière a exigé vendredi une augmentation générale des salaires de 2%, tout en mettant l’accent sur l’égalité salariale.

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L’USS a dénoncé la diminution des salaires réels de 0,6% sur ces trois dernières années, entraînant un recul du pouvoir d’achat: la consommation par habitant (sans les dépenses de santé) a baissé d’environ 0,7% depuis 2015. Pour la faîtière des syndicats, une marge de manœuvre autour des salaires existe véritablement: «La situation économique du pays s’est sensiblement améliorée ces trois dernières années. Les entreprises recherchent plus de main-d’œuvre, les affaires restent globalement positives même dans l’industrie, où le ralentissement de la conjoncture internationale se fait pourtant sentir.»

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«Relancer l’économie intérieure»

Pierre-Yves Maillard a aussi mis en avant un «intérêt nouveau» des économistes, qui cherchent à redistribuer les richesses au sein de la population. Pour les syndicats, il y a une solution à cette «crise de la redistribution»: la hausse des salaires et le développement de la protection sociale permettraient de relancer l’économie intérieure et d’augmenter le pouvoir d’achat des Suisses. Avec une augmentation des salaires, les travailleurs pourront également compenser le renchérissement de près de 0,5% pour l’année en cours et faire face aux hausses continuelles des primes maladie.

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L’USS émet des réserves sur «les rumeurs de crise et de récession, en grande partie exagérées pour notre pays», sans écarter pour autant tout risque. Certains économistes ne sont en effet pas rassurants. Lors d’une conférence intitulée «La Suisse est-elle face à une récession?», à l’occasion de la publication trimestrielle du produit intérieur brut (PIB) par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), ils ont dénoncé certains signes inquiétants.

«Combat déterminé»

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Dans son discours, le nouveau président de l’USS – qui a pris ses fonctions en mai dernier – a insisté sur «l’importance des conventions collectives de travail et des instruments du partenariat social pour la protection des salaires». Des outils que les syndicats veulent défendre et développer. Pierre-Yves Maillard promet un «combat déterminé» tant face à l’Union européenne (UE) que face à l’UDC, «qui par son initiative contre la libre circulation des personnes vise en fait ce dispositif de régulation des salaires».

L’USS poursuit donc son bras de fer avec l’UE et les partisans suisses de l’accord-cadre, qu’elle refuse d’accepter en l’état. Depuis le début des discussions, les syndicats se sont montrés plus hostiles à ce projet d’accord que les partis de gauche, en raison du risque qu’ils dénoncent pour les mesures d’accompagnement: «Nous ne souhaitons pas brader ce qui a été obtenu en termes de protection salariale en Suisse», a déclaré Pierre-Yves Maillard.

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Nécessité d’agir pour les femmes

Pour les négociations salariales de cet automne, l’USS mettra au premier plan l’augmentation du salaire des femmes, faisant écho à la grève des femmes du 14 juin. La présidente d’Unia, Vania Alleva, a dénoncé la «scandaleuse discrimination salariales envers les femmes» et exigé 50 francs supplémentaires pour chacune d’entre elles, voire davantage «dans les entreprises qui versent des salaires féminins particulièrement bas».

Des contrôles systématiques des salaires et des mesures efficaces pour éliminer la discrimination salariale sont également demandés. Syndicom exige «un point de contact dans les entreprises, où les employés pourront faire vérifier s’ils subissent une inégalité salariale». Le syndicat Unia a également rappelé un chiffre pour illustrer la problématique: à travail égal, les femmes gagnent en moyenne 657 francs de moins que les hommes par mois.

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