Editorial

Lutte contre le terrorisme: passer à la vitesse supérieure

C’est une première. Le Ministère public de la Confédération (MPC) a confirmé vendredi que les trois Irakiens détenus en Suisse depuis fin mars étaient bien soupçonnés d’avoir voulu planifier un attentat en Europe, comme révélé il y a un mois par la presse alémanique. Jamais des soupçons aussi graves n’avaient pesé sur des individus vivant en Suisse: ces trois Irakiens sont accusés de soutenir l’organisation de l’Etat islamique, d’emploi, avec dessein délictueux, d’explosifs ou de gaz toxiques, d’actes préparatoires délictueux, de pornographie et d’incitation à des séjours illégaux.

Pour faire simple: ils sont soupçonnés d’avoir créé une sorte de «cellule terroriste», avec des ramifications à l’étranger, prête à perpétrer un attentat. Du lourd. Une équipe commune d’enquêteurs du FBI et de la Police judiciaire fédérale a même été constituée. Et c’est en partie grâce aux Américains que le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a fini par s’intéresser aux Irakiens.

Bien sûr, seul un procès, et pour autant que des preuves suffisantes puissent être versées au dossier, pourra déterminer le degré de culpabilité précis des trois hommes incarcérés. La Suisse a connu d’autres – très rares – affaires de terrorisme. En 2007, le Tribunal pénal fédéral (TPF) s’était montré plutôt clément envers le couple Moez Garsallaoui-Malika el-Aroud, qui faisait de la propagande pour Al-Qaida depuis Guin. Plus récemment, en mai, deux frères kurdes d’Irak ont été condamnés par le TPF à 2 et 3 ans de prison pour «soutien» à une organisation criminelle à buts terroristes.

Mais cette fois, on passe à un degré supérieur. Il ne s’agit plus de simple propagande islamiste violente, ni de seul soutien à une organisation terroriste. Le soupçon de préparation d’attentat est plus inquiétant. La Suisse découvre qu’elle est davantage touchée par le terrorisme qu’elle ne le pensait, alors que les djihadistes partis en Syrie hantent déjà les autorités. Pour éviter que la Suisse ne reste le ventre mou de la lutte contre le terrorisme, donner plus de moyens au SRC est une solution . Même des socialistes, qui se battront en décembre lors de l’examen de la loi sur le renseignement aux Chambres fédérales, pour préserver le plus possible la sphère privée, semblent s’être faits à cette idée . Fini de tortiller .