«La lutte contre la pédophilie avance avec le peuple»

Questions à

Le 18 mai, les citoyens suisses se prononceront sur votre initiative «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants». Après des années de discussions, l’Assemblée fédérale n’est pas parvenue à s’entendre sur un contre-projet et a décidé de ne pas émettre de recommandations de vote. Vous êtes déçue de la politique?

- Christine Bussat: C’est plus que de la déception et j’en aurais pour une heure à raconter mes désillusions. J’ai fondé la Marche Blanche il y a 13 ans Au début de mon combat, j’étais très positive, de nombreux élus de gauche me soutenaient. Mais j’ai remarqué qu’il ne se passait rien. Puis l’UDC m’a approchée, m’a dit qu’elle partageait mes préoccupations et qu’elle me soutiendrait. Et elle l’a vraiment fait. Moi, ça m’est égal de savoir qui me soutient. Toujours est-il que sur ces questions, nous assistons à un jeu politique qui m’écoeure. Alors il faut que les citoyens sachent que je ne lance pas une initiative parce que ça m’amuse mais parce que sans eux, ça n’avance pas.

Après le succès de l’initiative sur l’imprescribilité des actes à caractère pédophile, vous avez lancé l’initiative «pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants» parce que la voie parlementaire a échoué. Mais vous avez également dit que vous alliez vous retirer de ce combat. Difficile d’abandonner?

C’est vrai, après avoir récolté les signatures pour cette initiative, j’ai été malade quelque temps et j’ai parlé de mon retrait. Ce n’est pas évident de se voir traiter d’extrêmiste parce qu’on demande que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants. C’est si extrême que ça, ce que je demande? Je ne trouve pas. Toujours est-il que c’est vrai que je quitte la Marche Blanche parce que je ne veux plus être stigmatisée. Etre accusée de verser dans le populisme ou l’émotionnel est insultant. Par contre, j’irai personnellement au bout de mes démarches pour protéger les enfants.

De leur côté, les opposants à votre initiative se font traiter d’«amis des pédophiles». C’est aussi insultant, non?

Je ne partage pas cet amalgame.

Et que répondez-vous à ceux qui disent que votre initiative ne respecte pas le principe de proportionnalité et est contraire à notre état de droit?

Je comprends qu’on puisse dire que le droit, c’est sacré. Pour ma part, je préfère qu’on ne viole pas des enfants. Je place le droit des enfants à l’intégrité physique au dessus du principe de proportionnalité.

Songez-vous déjà à une troisième initiative sur ce thème?

- Pour l’instant, je vais suivre attentivement le traitement que fera le Parlement de la motion de Natalie Rickli en faveur d’un registre des délinquants sexuels et auteurs de violences sur des enfants.

Les Suisses n’est toujours pas suffisamment armée pour lutter contre la pédophilie?

Il y a toujours du travail même si on peut dire que les progrès sont formidables. Imaginez qu’il y a 13 ans, la Confédération n’avait que deux postes et demi pour la surveillance du réseau internet. A cette époque, la conseillère fédérale Ruth Metzler venait de licencier des gens alors qu’internet était en pleine expension!

Magalie Goumaz