La cabane de montagne au confort spartiate et aux latrines à copeaux de bois est-elle en voie de disparition? Ces bâtisses cèdent peu à peu le pas à des refuges plus confortables, plus spacieux et mieux aménagés. C’est le cas de la cabane du Fenestral, sur les hauts de Fully (VS), qui va être entièrement reconstruite. «La rénovation est devenue urgente pour des raisons de sécurité et d’hygiène, commentait mardi Philippe Roduit, gardien de la cabane depuis plus de trente ans, lors de la présentation du projet. La cabane ne correspond plus à la demande actuelle.»

De nombreuses améliorations sont au programme, pour un budget de 1,5 million de francs. Des douches seront aménagées, les WC dotés d’une chasse d’eau. La cuisine comprendra un four et sera agrandie pour accueillir plus de monde et y préparer des plats plus élaborés. En outre, les dortoirs seront modifiés pour offrir plus d’intimité aux visiteurs, avec des chambres pour quatre personnes. Le but du comité de rénovation est «d’améliorer les conditions d’accueil tout en conservant une dimension conviviale», indique-t-il dans un communiqué.

Bruno Lüthi, responsable du marketing des cabanes au Club alpin suisse (CAS), dit observer une évolution de la clientèle ces dernières années. «Maintenant, les habitudes des randonneurs et des skieurs sont différentes, précise Philippe Roduit. Ils ne partent plus avec le sac rempli de nourriture et préfèrent consommer un repas chaud au refuge. Les cabanes ne sont plus un endroit de passage mais deviennent l’objectif d’une marche.» L’utilisation même des cabanes change: les gardiens sont plus sollicités et doivent faire face à de nouvelles demandes. Emmanuel Caron, président du comité de rénovation de la cabane du Fenestral, explique que «les gens ont besoin de plus d’électricité, d’eau et d’intimité que ne peuvent offrir la plupart des cabanes actuelles. Ils ne sont plus habitués à faire avec les moyens du bord.»

Le CAS enregistre aussi une nette augmentation de la fréquentation de ses refuges: «Nous avons environ 50 000 nuitées de plus qu’il y a dix ans», indique Bruno Lüthi. «La montagne se démocratise», ajoute Philippe Roduit.

Les refuges rustiques vont-ils se transformer en petits hôtels d’altitude, confortables mais inévitablement plus chers? Le sujet a été discuté au sein du CAS, sans pour autant aboutir sur une augmentation du prix de la nuitée – entre 20 et 40 francs, jamais plus de 28 francs pour un membre du club.

Gérard Chessex, directeur de la section vaudoise du CAS, confirme: «Malgré les exigences en matière de confort, de sécurité et d’écologie toujours plus élevées, nous allons éviter toute répercussion sur le prix des prestations. Nous préférons rechercher d’autres moyens de financement auprès des privés ou des entreprises.» En outre, «le CAS définit des fourchettes de prix que les sections doivent respecter. Bien entendu, ils varient en fonction des commodités disponibles.»

Pas de risque que la cabane du Fenestral ne prenne des dimensions d’hôtel design. En effet, il n’est pas question d’agrandir sa capacité d’accueil, une quarantaine de personnes. Patricia Claivaz, elle aussi gardienne de la cabane du Fenestral, insiste sur ce point: «Nous ne voulons pas avoir des centaines de personnes qui défilent à la chaîne. Si on modernise c’est, d’une part, pour le confort de nos clients, d’autre part, pour faciliter le travail des bénévoles» qui continuent à entretenir gratuitement les cabanes.

«Les gens ont besoin d’électricité, d’eau et d’intimité. Ils n’ont plus l’habitude de faire avec les moyens du bord»