Transports publics

«Lyria est le laboratoire des CFF»

Le patron de la filiale de la SNCF et des CFF, Andreas Bergmann, est déjà confronté à la concurrence sur les lignes en direction de Paris. Il explique comment Lyria réagit

Le Temps: Le patron des CFF, Andreas Meyer, a annoncé une perte de 5 millions de francs pour Lyria. Que signifie cette perte?

Andreas Bergmann: C’est le résultat de notre premier semestre. La peur d’actes terroristes est l’une des explications, surtout pour le premier trimestre. Les attentats de novembre à Paris puis ceux de Bruxelles en mars ont rendu une partie de la clientèle, notamment suisse, méfiante, surtout sur les lignes en direction de Paris. La demande en trafic international a baissé de 15% par rapport à 2015. Mais nous avons constaté une légère reprise dès juillet.

– La méfiance des voyageurs n’explique toutefois pas tout. Vous subissez aussi la concurrence de nouvelles offres de bus low cost et de covoiturage.

– Oui. Le marché a été libéralisé en France en 2015. Cela a donné naissance à une nouvelle concurrence et à une nouvelle demande. Selon les analyses de la SNCF, le bus va prendre environ 10% du marché du TGV. Nous ne pouvons évidemment pas nous permettre de perdre 10% de notre clientèle. Genève est en quelque sorte la plaque tournante de cette nouvelle concurrence. Tous les moyens de transport y sont concentrés: l’avion, le TGV, le bus longue distance et le covoiturage. En ce sens, Lyria sert de laboratoire pour ses actionnaires, la SNCF et les CFF. Nous restons plus rapides que le bus, dont la meilleure liaison relie Genève à Paris en huit heures. Mais cela nous force à innover et à réfléchir à de nouveaux produits. Nous devons notamment adapter nos offres au budget et aux habitudes de cette clientèle. Nous devons tenir compte du fait qu’une partie considère que le juste prix à payer pour un Genève-Paris en TGV Lyria est de 30 à 40€.

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– L’avantage du bus n’est-il pas de desservir sans changement le centre de Paris et l’aéroport Charles-de-Gaulle?

– Oui. Mais nos TGV Lyria arrivent à la gare de Lyon et, de là, les liaisons RER en direction de l’aéroport sont bonnes. Nous sommes clairement plus rapides que le bus. Et nous offrons des services inégalés, avec un bar-restaurant que nous améliorons sans cesse. Nous allons d’ailleurs lancer un nouvel appel d’offres pour la restauration à bord des TGV Lyria.

– Votre actionnaire principal, la SNCF, a lancé sa propre compagnie de bus low cost, Ouibus, qui dessert aussi Genève. Comment vivez-vous cette concurrence interne?

– Nos deux maisons mères ont des missions différentes: les CFF se concentrent sur le rail alors que, le marché français ayant été libéralisé, la SNCF s’oriente vers le multimodal. Elle ne souhaite pas laisser 10% de sa clientèle filer vers la concurrence. Elle s’est donc lancée elle-même sur ce nouveau marché. Cela nous oblige à nous défendre sur nos lignes. En raison des avantages que Lyria propose, nous sommes plutôt confiants.

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– Comment ressentez-vous la concurrence du covoiturage du genre BlaBlaCar?

– Nous le ressentons très clairement. C’est un marché né du numérique et d’Internet, qui attire surtout les jeunes. Ce mode de transport a pris entre 4 et 5% de parts de marché, mais seulement 1% sur les lignes TGV Lyria. Nous répondons avec des offres attractives via les supports utilisés par cette clientèle.

– En proposant par exemple l’offre Lyria Hi Five?

– Exactement. Cette offre 100% numérique est destinée aux jeunes qui veulent aller en groupe passer un week-end à Paris. Le prix varie en fonction du nombre de personnes mais le temps de parcours reste de trois heures. Cette génération a grandi avec un smartphone dans les mains.

– En 2014, vous aviez lancé une offre sur Lille. Elle a disparu de l’horaire. Pourquoi?

– C’était une expérience intéressante, que nous avons interrompue en octobre 2015. Pour qu’une destination soit attractive, il faut une fréquence minimale. Nous nous concentrons sur nos destinations phares, c’est-à-dire Paris, mais aussi vers le sud de la France, Nice par exemple. C’est là que se joue l’avenir de TGV Lyria.

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