Pour sa rentrée, la socialiste vaudoise Francine Jeanprêtre, cheffe du Département de la formation et de la jeunesse (DFJ), avait réservé une grosse surprise: elle a choisi comme nouveau collaborateur personnel Jean-François Steiert, qui n'est autre que le secrétaire général sortant du Parti socialiste suisse (PSS). L'entrée de cette forte personnalité dans les coulisses de la politique vaudoise est imminente: le nouveau venu occupera son poste dès le 1er septembre, à 60% tout d'abord, puis à 80% dès le 16 octobre, après le congrès socialiste de Lugano.

Jean-François Steiert, 39 ans, fils spirituel de Peter Bodenmann au point qu'on l'a parfois lui-même surnommé «le Machiavel du PSS», aura été secrétaire général du parti durant deux ans et demi, après en avoir été le porte-parole. Il a annoncé en mai dernier qu'il ne solliciterait pas de nouveau mandat mardi, lors du congrès de cet automne. Afin de faciliter la pacification de son parti, il a accepté, parallèlement à la démission de la présidente Ursula Koch avec laquelle il était en conflit, une symétrie des sacrifices.

Né le 7 février 1961 à Berne, licencié en lettres, ancien journaliste, parfaitement bilingue, le nouveau collaborateur de la ministre vaudoise a ses racines à Fribourg. Il siège d'ailleurs au Conseil général de cette ville, où il conservera son domicile et où il compte bien continuer à faire de la politique. Bien qu'ayant vécu cinq ans à Pully pour des raisons familiales, Jean-François Steiert ne s'est en revanche jamais plongé dans la politique vaudoise. Il n'est pas non plus un expert des questions pédagogiques. Il avait d'autres propositions, dans la presse ou l'administration. Pourquoi a-t-il été séduit par la proposition que Francine Jeanprêtre lui a faite peu avant les vacances d'été? «Ma première motivation a été de rester politiquement actif, alors que les autres possibilités supposaient de la retenue. Par ailleurs, c'est un défi, puisque je suis nouveau sur le plan cantonal.»

Un poste politique

Auprès des conseillers d'Etat vaudois, le poste relativement récent de collaborateur personnel recouvre des réalités fort diverses selon le patron ou la patronne. L'éventail va de l'éminence grise au documentaliste. Le poste auprès de Francine Jeanprêtre est éminemment politique. Le tacticien à la moustache ironique et à l'aplomb discret, habitué à travailler sur des dossiers transversaux, se mêlera des affaires des autres départements, la mission qui lui incombe étant de traiter l'ensemble des affaires du gouvernement.

Entre le Fribourgeois et la Vaudoise, il existe une relation de confiance de longue date, du temps où Francine Jeanprêtre était conseillère nationale et vice-présidente romande du PSS et Jean-François Steiert porte-parole puis secrétaire général du parti. «Il arrive en découvreur des affaires vaudoises, mais je tenais à prendre quelqu'un de l'extérieur, explique la cheffe du DFJ. Je compte sur son feeling de stratège et son efficacité. Il m'apportera tout à la fois un lien avec la politique du parti suisse et un lien moral avec le passé», précise la magistrate, qui dit encore admirer la grande capacité de travail de son nouveau collaborateur.

Pour Jean-François Steiert, le défi n'est pas seulement d'investir une scène politique cantonale. La tâche qui lui revient désormais est de seconder une politicienne, dont la position est particulièrement scabreuse, de surcroît à la tête du département le plus lourd et le plus explosif, miné par les difficultés d'application de la réforme scolaire.

En situation d'isolement

Certes, Francine Jeanprêtre est l'unique socialiste du gouvernement cantonal, seule avec l'écologiste Philippe Biéler contre cinq collègues bourgeois. «Le Conseil d'Etat se livre à son endroit à un véritable sabotage», estime par exemple le conseiller national Pierre-Yves Maillard. Mais la socialiste, par sa personnalité autant que par son style de gestion politique, a largement contribué à sa situation d'isolement au sein du collège et à sa faible crédibilité.

La patronne de l'Instruction publique avait jusqu'à présent deux collaborateurs personnels, se partageant le poste. L'ancien député de Vallorbe, Raymond Durussel, celui que Jean-François Steiert va remplacer, va se consacrer à nouveau à plein temps à son atelier de géomètre, à la faveur de la reprise des affaires. Serge Loutan, l'autre collaborateur, qui dirige le collège de Cossonay et qui avait donc été engagé comme expert en affaires scolaires, conservera un poste à 20%.

Jean-François Steiert lui-même ne tenait pas à un plein temps. Il veut garder des mandats au niveau fédéral, il a en vue la présidence d'une association suisse. Mais quoi qu'il en soit, un poste où il s'agit de sauver Francine Jeanprêtre et, par là même, d'aider les socialistes vaudois à récupérer en 2002 le second siège au Conseil d'Etat qu'ils ont perdu en 1998, n'est pas un emploi où il risque de s'ennuyer.