Eveline Widmer-Schlumpf a dû se défendre jeudi devant un parterre de patrons vaudois. «Le Conseil fédéral paraît toujours sur la défensive, lui a lancé André Kudelski. Mais parfois la meilleure défense c’est l’attaque, pourquoi ne montrez-vous jamais les dents?»

Le patron du groupe Kudelski se référait notamment aux nouvelles règles de l’impôt sur les successions, «contraires aux normes de l’OCDE», que la Suisse a négociées avec la Suisse et qui suscitent la colère, en Suisse romande particulièrement.

«Il est faux de dire qu’on n’attaque jamais», a répondu la cheffe du Département fédéral des finances. Elle en veut pour preuve que la Suisse a proposé à ses partenaires les accords Rubik, «une solution unique». De plus, elle n’a pas accepté d’emblée les exigences des Etats-Unis, contrairement à l’Allemagne ou à la France, mais s’est rapprochée du Japon pour trouver des solutions particulières.

Eveline Widmer-Schlumpf a admis que l’accord franco-suisse sur les successions suscitait beaucoup de critiques. Les réponses de onze cantons sont actuellement à l’étude et l’on tirera un bilan, a-t-elle indiqué. Lors d’un point de presse avant son exposé, la conseillère fédérale s’était exprimée de manière prudente sur l’avenir de la solution négociée entre les deux pays. «On ne peut pas dire que le vent ait tourné», a-t-elle toutefois précisé. Aurait-elle sous-estimé les réactions négatives qu’on pouvait attendre de la Suisse romande? «Genève et Vaud avaient des représentants dans les travaux préparatoires et nous pensions que cette solution pouvait être acceptée», répond-elle.

La présidente de la Confédération était l’invitée du gouvernement vaudois à l’occasion du Club des 100. Le Conseil d’Etat – qui était présent in corpore – réunit depuis huit ans les entreprises qui sont les plus gros contributeurs du canton. Cet aréopage représente autour de 75% des recettes provenant des personnes morales. On pourrait même former un club des 20 avec celles qui en assurent à elles seules la moitié.

Les grands patrons qui espéraient obtenir des précisions sur leur avenir fiscal de la part des grands argentiers fédéral et vaudois seront restés sur leur faim. D’un côté, le canton de Vaud est le plus concerné, en chiffres absolus, par les statuts spéciaux avantageux contestés par l’Union européenne (UE). Ceux-ci ont été accordés à quelque 150 entreprises, qui produisent un bénéfice de 2,3 milliards de francs. Ces sociétés disent avoir une «attente énorme» au sujet de leur futur traitement.

De l’autre, les entreprises à statut normal attendent avec impatience que la réforme à venir allège leur pression fiscale. Neuchâtel a procédé sans attendre à une harmonisation vers le bas. Genève a articulé des scénarios chiffrés. Vaud reste d’une grande discrétion. Comme la Confédération. «Nous avons des propositions à faire aux cantons, qui doivent être discutées, a indiqué Eveline Widmer-Schlumpf. Il n’y a pas qu’une seule solution.» Et de manifester sa confiance dans la créativité dont Confédération et cantons sauront faire preuve.

Pascal Broulis s’est bien gardé de toute promesse aux patrons vaudois. Mais pour ne pas passer pour un percepteur soucieux uniquement de sa propre caisse, il a insisté sur la forte contribution vaudoise à la solidarité confédérale: «Ce sont 800 millions que le canton verse chaque année, grâce aux entreprises, à la péréquation. Voici ce qu’il convient de ne pas mettre en danger», a-t-il souligné à l’attention de la présidente.

«Vaud paie beaucoup pour la solidarité confédérale, il ne faut pas mettre cela en danger»