Osé, au beau milieu d’un forum sur la santé, d’inviter Magali Jenny, apôtre de la médecine mystérieuse que représentent les activités des chamans, rebouteux et autres guérisseurs que les scientifiques regardent avec suspicion. Ce qui parle pour elle, ce sont les quantités de personnes qui font appel à ces alternatives aux soins modernes. L’auteure en est à son troisième guide de guérisseurs en Suisse romande, et à une vingtaine de rééditions. Un véritable succès validé par d’importantes firmes telles que Ringier Suisse romande, propriétaire du «Temps», qui a fait appel à un rebouteux pour démagnétiser la salle de rédaction du quotidien.

Magali Jenny a un rêve, celui de monter un projet de recherche interdisciplinaire dans le domaine hospitalier pour étudier ce que la médecine ne comprend pas. «L’effet placebo n’explique pas tout. Comment ces guérisseurs parviennent-ils à soigner ces patients? Ce que la neuroscience n’arrive pas à expliquer est répertorié par les sciences humaines. Sur la base de témoignages récoltés, on constate véritablement une efficacité», explique la Fribourgeoise.

L’internationale guérisseuse

Des rebouteux et des guérisseurs, il y en a partout dans le monde. Mais l’une des grandes forces de la Suisse, selon Magali Jenny, c’est la liberté de ton avec laquelle on parle ici de cette médecine alternative. «Tous les hôpitaux en Suisse romande ont des listes d’appel en cas d’urgence, de brûlures. Les médecins prennent en compte les témoignages et l’avis de leurs patients. Il reste du chemin à faire mais les portes et les esprits s’ouvrent.» Comme les assurances complémentaires prennent en charge certains soins de médecine douce, beaucoup de guérisseurs se forment à des pratiques remboursées. Et comment détecter parmi eux les charlatans? «Un guérisseur ne va jamais demander l’arrêt d’un traitement lourd, répond Magali Jenny. Il va parler de complémentarité. Il ne promettra pas non plus de miracle, mais promettra d’essayer. 95% des faiseurs de secret travaillent gratuitement dans un climat proche du sacerdoce.»

Cela fait dix ans que Magali Jenny, elle-même soignée avec succès par un rebouteux, suit ces guérisseurs et rassemble leurs témoignages. Faut-il y croire pour que ça marche? «Certains praticiens aiment justement avoir affaire à des consultants sceptiques pour observer leur réaction lors de la guérison. La confiance aide car elle fait tomber des barrières. Mais elle n’est pas essentielle, non.»

Pour lancer des projets de recherche, il s’agirait de lever des fonds difficilement accessibles sans les «sacro-saintes preuves scientifiques». Mais selon l’auteure, nous ferions une erreur en nous privant de ce phénomène de société qui fait considérablement partie de nos comportements thérapeutiques.