La candidature de Pierre-Yves Maillard au Conseil fédéral, si enthousiasmante pour la délégation socialiste à Berne, n’allait pas sans donner quelques états d’âme à une bonne partie de la base restée dans le canton. «Trop précieux ici», aura pensé plus d’un militant.

Au soir de l’élection, cela apparaît comme une consolation. Le leader socialiste est toujours disponible pour les échéances vaudoises. Et pour le grand projet: la conquête d’une nouvelle majorité politique au Château cantonal.

Une absence pénalisante

Les résultats des élections fédérales d’octobre ne montrent pas que le canton a vraiment basculé à gauche. Mais il existe une réelle possibilité de conquérir la majorité au Conseil d’Etat. Du fait des personnalités en présence d’une part, de la bonne cohésion de la gauche rose-verte d’autre part, face à une droite divisée et à un centre éparpillé que le PS espère séduire pour l’appoint des voix.

Il se peut du reste que la Verte Béatrice Métraux arrache dès dimanche le 4e siège de gauche à l’exécutif. Elle conteste à l’UDC Pierre-Yves Rapaz la succession de l’agrarien Jean-Claude Mermoud, récemment décédé. Si elle remporte cette complémentaire, écologistes et socialistes se retrouveront à égalité dans la nouvelle majorité gouvernementale. Les élections générales se tiennent en mars prochain.

Pour toute la gauche, il est évident que Pierre-Yves Maillard, charismatique locomotive désormais libérée de l’hypothèque bernoise, est le champion naturel des batailles à venir. Selon toute vraisemblance, son absence aurait réduit les chances de succès dans une compétition fortement liée aux personnalités. Lui restant, le PSV n’aura du moins plus besoin de trouver deux nouveaux candidats de poids pour les sièges ministériaux convoités. La recherche de candidats ministres se poursuit, notamment parmi les municipaux des villes vaudoises comme la syndique de Morges Nuria Gorrite.

A part les 18 mois que Josef Zisyadis a passés au Château (1996-1998), la gauche n’a jamais été majoritaire dans le canton. Que ferait-elle de ce nouveau rapport de force? Maillard a marqué d’une empreinte de gauche la santé et les assurances sociales, il faut faire de même avec d’autres domaines, répondaient mercredi les militants ayant fait le voyage de Berne.

Le logement, l’économie face à la crise, l’aménagement du territoire, le financement des infrastructures, etc. Autant d’envies que le Vaudois a montrées ces dernières semaines et qui font dire aux siens que «même s’il a perdu, il aura marqué cette campagne en définissant les thèmes d’un projet politique.» Pour un peu, la course au Conseil fédéral devient la répétition générale des élections cantonales…

Si la gauche atteint son objectif, la présidence permanente du Conseil d’Etat, détenue par le radical Pascal Broulis, autre candidat malheureux au Conseil d’Etat, pourrait revenir au leader socialiste. Mais là où la téméraire candidature Broulis avait échoué devant le premier obstacle, celle de Maillard ne semble avoir en rien terni son aura.