Nyon

Maillard-Walch, deux fortes têtes de la santé vaudoise s’affrontent

Pour avoir transmis une fausse information à l’Etat, le directeur du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique est inculpé pour faux dans les titres. Récit d’une histoire folle marquée par une opération coup-de-poing de la police

C’est une affaire qui met en scène deux fortes têtes de la santé dans le canton de Vaud: le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard d’une part, et le directeur général du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL), Daniel Walch, d’autre part. Pour avoir donné une fausse information au chef du département, le second est inculpé de faux dans les titres dans un procès qui se déroulera le 13 novembre prochain devant le Tribunal de Nyon.

Tout débute en 2015, année lors de laquelle les hôpitaux et cliniques privées se livrent à une véritable «course aux armements» en matière d’équipements lourds, selon le terme employé par un observateur. Pas moins de 12 nouveaux IRM et 7 scanners y ont été installés dans le canton de Vaud, faisant passer leur nombre total à 49 et 42 respectivement. Le ministre de la Santé, Pierre-Yves Maillard, décide donc de tirer la sonnette d’alarme. Il propose une clause du besoin, votée par le Grand Conseil en septembre, avant d’entrer en force en décembre.

Sur le récent ouvrage publié par Daniel Walch et Xavier Comtesse: «L’intelligence artificielle permettra des économies de 4 milliards dans la santé»

«Une cabale contre notre hôpital»

C’est dans ce contexte que l’Hôpital de Nyon doit s’équiper d’un deuxième IRM, un besoin qui devient urgent dans le courant de l’été. Le 16 septembre, il passe la commande au groupe Siemens, qui doit le livrer d’ici à la fin de l’année, ainsi qu’en atteste le bon de commande. Mais le fournisseur ne peut tenir son engagement et la nouvelle installation n’est opérationnelle qu’en avril 2016.

Un retard qui va s’avérer fatal pour le GHOL et ses dirigeants. Car le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS) procède à un recensement des équipements lourds existants. Daniel Walch étant à l’étranger, c’est son directeur général adjoint, Christophe Vachey, qui remplit le formulaire, sur lequel il indique la date de commande au lieu de celle de la mise en service. A son retour, le directeur le valide et le signe.

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Dans le milieu de la radiologie, la concurrence fait rage entre les hôpitaux publics et les instituts de radiologie qui poussent comme des champignons. C’est Laurent Chapuis, le président des radiologues vaudois, qui décèle la déclaration erronée du GHOL et qui la dénonce au Service cantonal de la santé publique (SSP). «Il n’était pas correct qu’un hôpital public puisse faire un faux dans les titres alors que tout le monde devait être placé sur un pied d’égalité devant cette clause du besoin», commente-t-il.

«Nous avons été victimes d’une cabale contre notre hôpital à la suite du départ de deux de nos radiologues qui connaissaient les décisions prises concernant l’acquisition d’un deuxième IRM», corrige Daniel Walch. «Nous avons passé notre commande sous le régime en vigueur en septembre 2015 et conformément à ses dispositions. Nous n’avons jamais eu l’intention de tromper les services de l’Etat, qui ont été informés de la commande avant de l’encourager», ajoute-t-il.

Une perquisition coup-de-poing

L’affaire aurait pu être classée ou faire l’objet d’une procédure administrative. Mais Pierre-Yves Maillard choisit de dénoncer Daniel Walch auprès du Ministère public pour faux dans les titres. Une démarche qui a des conséquences inattendues. Le 4 octobre 2016, les événements se précipitent: le procureur Christian Buffat lance une perquisition coup-de-poing. Ce jour-là, il surgit à la réception de l’hôpital, accompagné de six agents armés et fait interrompre la séance de direction. Il saisit des documents et fait emmener Christophe Vachey dans une voiture de police pour procéder à un interrogatoire.

Cette affaire comporte-t-elle un volet politique? D’un côté, Pierre-Yves Maillard, le ministre cantonal de la Santé le plus dirigiste de Suisse. De l’autre, Daniel Walch, probablement le meilleur directeur des hôpitaux régionaux du canton. Grâce à une forte patientèle privée, il a fait du GHOL un établissement bénéficiaire, ne touchant aucune prestation d’intérêt général (PIG). «Un manager libéral, mais doté d’un vrai sens du service public», entend-on souvent dans les milieux hospitaliers. Surtout, il n’a pas la langue dans sa poche. Tantôt, il a soutenu le ministre socialiste, tantôt il l’a farouchement combattu, comme sur le statut des médecins cadres vaudois. Pierre-Yves Maillard dément toutefois toute connotation politique à cette affaire: «Nous ne pouvions tout simplement pas l’ignorer sous peine d’être accusés de privilégier un hôpital d’intérêt public par rapport au privé.»

Le plus absurde dans cette histoire décidément bien kafkaïenne? Dans un débat public, Daniel Walch avait lui-même plaidé pour un frein au suréquipement médical. Il aura été la première victime d’une clause qu’il appelait de ses vœux.

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