La fin de l'été sera chaude sur le front des négociations salariales. L'Union syndicale suisse (USS) exige – ce sont ses mots – la pleine compensation du renchérissement et un relèvement des revenus réels. En chiffres, les syndicats réclameront un minimum de 175 francs par mois lors des prochaines négociations salariales. Mais l'USS est claire: l'effort doit avant tout bénéficier aux emplois les moins bien rémunérés. Peter Hasler, président de l'Union patronale suisse (UPS), est prêt à lâcher du lest, même s'il préfère la négociation au sein de l'entreprise.

Depuis 1991, un cinquième de la population active fait partie de la catégorie des bas salaires en gagnant 50% ou moins du salaire médian. Les ménages les moins bien rémunérés ne voient pas leur situation changer en période de crise. La croissance économique qui est de retour ne va-t-elle pas raboter ce socle que certains voient incompressible? Si l'on en croit une étude publiée en mai par l'Office fédéral de la statistique (OFS), la réponse est non.

Depuis 1993, des augmentations de salaires réels très nettement supérieures à la moyenne suisse (+0,5%) ont été enregistrées dans les banques (+6,6%), les assurances (+7,4%) et les télécommunications (+3,5%). Les emplois qui dégagent une forte valeur ajoutée et qui demandent des qualifications importantes en sont les premiers bénéficiaires. En revanche, le commerce de détail (-1,1%), l'industrie des machines (-0,8%), la construction (-0,6%) et les transports terrestres (-3,0%) sont bien moins lotis. Le spectre des disparités de revenu s'est surtout élargi au cours des deux dernières années, période pendant laquelle les premiers frémissements de la croissance se faisaient sentir. Une trappe aux bas salaires est ainsi à craindre. La raison est qu'en période de stagnation ou de récession, les inégalités salariales n'évoluent pas. En revanche, quand l'économie entre dans un cycle d'expansion, ces disparités ont tendance à augmenter. Une des raisons avancées par les économistes est que la croissance et l'introduction de nouvelles technologies profitent essentiellement aux emplois qui sont déjà dans le haut de l'échelle salariale. L'OFS fait le même constat: les branches économiques qui versent traditionnellement les salaires les plus élevés sont également celles qui tendent à connaître les augmentations de revenus les plus fortes.

Eviter une fracture sociale

A la main invisible du marché qui favorise les employés les mieux lotis, l'USS propose une main visible qui vise à compenser cet écart entre branches. Le relèvement des salaires les plus bas pourrait peut-être, comme une attelle, empêcher qu'une fissure ne se transforme en une fracture sociale. L'attelle ne doit tout simplement pas se transformer en plâtre et créer des tensions inflationnistes.