Fidèle à la tradition qui veut qu'elle ne prenne position que sur les sujets qui la concernent directement, l'Union suisse des paysans (USP) était restée à l'écart du débat sur Schengen/Dublin. Elle s'engage par contre avec beaucoup de conviction, de concert avec l'Union suisse des arts et métiers, en faveur de l'extension de la libre circulation des personnes, comme d'autres organisations agricoles. La Chambre de l'agriculture, son organe délibérant, s'était prononcée en ce sens par 62 voix contre 5, avec une netteté à la mesure des enjeux du 25 septembre pour le monde agricole.

Un risque également politique

D'une part, les paysans portent le plus grand intérêt à l'accès qui leur est ouvert à de nouvelles sources de main-d'œuvre, maintenant que le recrutement traditionnel est tari dans les pays du Sud. Les autorisations de courte durée, déjà accordées en 2005 aux nouveaux membres de l'UE, ont été octroyées en majorité à des Polonais employés dans des exploitations agricoles. L'économie agropastorale, qui peine à trouver de la main-d'œuvre pour la saison d'alpage, tournerait difficilement sans eux. D'autre part, l'agriculture aurait beaucoup à perdre en cas de non, si l'UE prenait des mesures de rétorsion envers la Suisse. L'accord sur l'agriculture, en particulier, est vital pour l'exportation de fromage. Le risque est également politique. Si les milieux agricoles devaient être responsables d'un échec, les milieux économiques le leur feraient payer ultérieurement très cher.

Une minorité recrutée dans les rangs de l'UDC s'oppose néanmoins à la libre circulation. Ses leaders, les conseillers nationaux Toni Brunner (SG) et Ernest Schibli (ZH), accusent l'USP de s'être laissé acheter par les subventions d'economiesuisse. Ils dénient tout intérêt à la libre circulation, au motif qu'elle aggraverait les charges administratives et financières pour les exploitants agricoles et encouragerait les revendications syndicales. Ils affirment par ailleurs que l'augmentation du chômage et la pression sur les salaires nuiraient au pouvoir d'achat de la population. Cette minorité admet néanmoins l'importance de la main-d'œuvre étrangère, mais souhaite un système de contingent de travailleurs étrangers et d'autorisations de courte durée pour des travaux spécifiques, qui s'apparenterait à l'ancien statut des saisonniers.