Le Temps: Pourquoi cet intérêt pour la vallée du Doubs?

Pierre Willen: En 1990, des pêcheurs m'ont demandé comment lutter contre la raréfaction des truites sauvages de la rivière. Un groupe de réflexion s'est constitué, pour maintenir la symbiose entre l'homme et la nature.

– On a l'impression que cette région est mal connue

– Pas sûr! Le dimanche, sur les rives, on parle beaucoup allemand. Le Doubs est très réputé chez les pêcheurs et les marcheurs. La plupart des visiteurs sont des gens respectueux de l'environnement.

– Les conflits sont pourtant fréquents…

– On se trouve en présence d'égoïstes. Les pêcheurs veulent le Doubs pour eux, comme les sportifs, les chasseurs, les photographes, les cafetiers ou les électriciens. Le défi consiste à organiser la vallée pour que chacun y trouve son compte.

– Est-il compatible de développer le tourisme dans un parc protégé?

– J'en suis persuadé. Il faut que ceux qui font de l'escalade comprennent qu'on ne va pas sur les rochers qui se trouvent au-dessus de Biaufond lorsque les faucons nidifient. Il faut aussi expliquer aux canoéistes qu'ils doivent s'abstenir de pagayer entre Goumois et Soubey lorsque les eaux sont basses, pour laisser les truites frayer. L'idée du parc naturel est juste: il faut bel et bien que l'homme reste actif dans cette région. Le tourisme vert doit permettre aux agriculteurs de continuer à gagner leur vie.

– Et le problème des barrages?

– Certains disent: il faut fermer l'usine du Châtelot. C'est idiot. Il faut inciter au dialogue. Et négocier l'ampleur des débits lâchés au barrage.

– Pourquoi les Français sont-ils moins conquis par le projet?

– La Franche-Comté est un département conservateur. Son petit monde politique est clientéliste. Nos amis français, intérieurement, ne disent pas non. Ils attendent. L'idée avancera si le projet suisse réussit.

S. Ju.