neuchâtel

Les Maire, au Château et au Palais

La nouvelle conseillère d’Etat Monika Maire-Hefti est l’épouse du conseiller national Jacques-André Maire.Ils se disent complémentaires, mais éviteront tout conflit d’intérêts entre leurs charges

Ils ont beau dire qu’ils n’ont pas de plan de carrière, qu’on est venu les chercher, qu’ils affrontent leurs mandats avec «beaucoup d’humilité» et qu’ils veulent rendre service, les époux Monika et Jacques-André Maire occupent désormais deux postes politiques en vue à Neuchâtel: elle a été élue au Conseil d’Etat dimanche, lui est conseiller national depuis 2009. Tous deux avec l’étiquette socialiste.

«Le peuple nous a élus en connaissance de cause», disent-ils, s’estimant complémentaires. Durant l’entretien, madame parle la première, monsieur écoute et complète. Ils ne se coupent pas la parole, se racontent de manière posée, le sourire aux lèvres, visiblement heureux d’avoir accédé au pinacle, sans forfanterie. «Ce n’est pas la politique qui nous unit», dit Monika. «On ne s’est pas poussés l’un l’autre pour en arriver là», renchérit Jacques-André.

Monika Maire-Hefti, 49 ans, surnommée MMH, est une Zurichoise de Pfungen, venue à 16 ans en stage dans les Montagnes neuchâteloises, où elle a rencontré Jacques-André Maire, enfant des Ponts-de-Martel, où réside le couple depuis 1985. Monika est repartie dans l’intervalle à l’école d’infirmières à Winterthour, avant de devenir mère de famille (trois garçons de 24 à 26 ans) et d’exercer son métier d’infirmière dans un EMS et dans les soins à domicile. MMH est de mère italienne, «ce qui explique mon côté latin, mon amour de la vie, des gens, du contact», dit-elle, et de père UDC, qui a accueilli avec fierté l’élection de sa fille, «surtout qu’un UDC entrait aussi au Conseil d’Etat».

Monika Maire-Hefti est présidente du conseil d’administration du Centre neuchâtelois de psychiatrie, où elle a réalisé une importante réforme structurelle, et présidente de la Fondation des établissements cantonaux pour personnes âgées, qui gère quatre EMS.

Son parcours politique a commencé avant celui de son mari: elle a siégé huit ans au parlement de sa commune, puis huit ans à l’exécutif des Ponts-de-Martel, seule femme de gauche face à quatre hommes «bien à droite», sourit Jacques-André. Elle est députée depuis 2005 et a présidé le Grand Conseil en 2009.

Lui, 56 ans lundi, biologiste, enseignant, a dirigé le séminaire pédagogique de l’enseignement secondaire, puis est entré à l’administration en 2000. Depuis 2010, il est conseiller stratégique du Département de l’éducation. Le socialiste n’a eu que des patrons PLR: Jean Cavadini, Jean Guinand, Thierry Béguin, Sylvie Perrinjaquet et Philippe Gnaegi.

Il est devenu socialiste au contact de Pierre Gilliand, à l’Idheap. Il a été député de 1993 à 2000, aurait pu devenir ministre en 2001, terminant sixième de l’élection, à 511 voix de la cinquième, sa colistière Monika Dusong. Jacques-André Maire a profité des chaises musicales pour entrer au Conseil national en 2009, lorsque Gisèle Ory a quitté le Conseil des Etats, où elle a été remplacée par Didier Berberat qui libérait un siège au National. Jacques-André Maire a été reconduit dans la fonction sans problème en 2011. Son nom avait été évoqué pour remplacer Jean Studer au gouvernement en 2012, «mais j’ai été très content de voir que Laurent Kurth s’est décidé. Je me sens plus à l’aise au parlement à Berne.»

Le couple Maire va-t-il capter le pouvoir neuchâtelois? «Absolument pas. Mais ce n’est pas parce que je suis mariée à un conseiller national que je ne peux pas m’engager au service de la société et de mon prochain», répond la catholique pratiquante MMH, tout comme l’est le protestant Jacques-André, conseiller de paroisse des Hautes-Joux.

«Nous sommes complémentaires mais pas toujours d’accord», avoue-t-elle. Madame souhaite davantage de crèches, ne jamais exclure de donner une dernière chance, tandis que monsieur estime qu’il faut «trancher, à un moment donné».

Certaines mauvaises langues prétendent que Jacques-André sera, de fait, le conseiller d’Etat, qu’il tirera les ficelles. «C’est bien mal connaître mon épouse», rétorque-t-il. Il vient de résilier son contrat de travail à l’Etat, son départ interviendra très vite.

Le couple Maire a décidé de mettre une «barrière» entre la ministre et le conseiller national. Pas de secret livré sur l’oreiller. «Et je m’y tiendrai mordicus, dit-elle. Ma profession m’a enseigné le secret professionnel.» «J’ai trop souffert des fuites ces quatre dernières années pour enfreindre la stricte séparation de nos fonctions», ajoute-t-il. Monika ira-t-elle quand même, de temps à autre, chercher conseil auprès de son mari? «Pourquoi pas, mais il y a suffisamment de compétences dans l’administration.»

Ce que les Maire feront de concert, c’est renforcer les relais entre le Château de Neuchâtel et le Palais fédéral. «Mon double rôle de fonctionnaire et de parlementaire me permet déjà de ramener de l’information de Berne», explique le parlementaire, ajoutant qu’il continuera, «pas seulement auprès de mon épouse, mais de tous les conseillers d’Etat». «Nous avons besoins des réseaux à Berne, confirme la nouvelle ministre. Pas seulement ceux de Jacques-André, mais aussi ceux d’Yvan Perrin ou d’Alain Ribaux qui arrivent au Château.» Et si, grâce à son nom, elle peut plus aisément accéder à un étage fédéral, Monika Maire-Hefti ne s’en privera pas, «pas pour moi, mais pour mon canton».

«Le peuple nous a élus en connaissance de cause»

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