«Mon âge et mon expérience ne sont pas négligeables quand il s'agit de poser les questions délicates à nos voisins genevois.» Robert Borrel, le maire sortant d'Annemasse, estime être le seul à pouvoir contenir les conséquences qu'auront les bilatérales sur sa commune. Pour cela, il faudra que les électeurs de cette ville de 27 000 habitants, proche de Genève, le reconduisent au poste qu'il occupe depuis 1977. Ce n'est pas acquis d'avance. De l'avis même de certains colistiers, cet ancien professeur de français, habitué à une réélection dès le premier tour, ne sera vraisemblablement pas élu dès ce dimanche. En effet, quatre listes s'affrontent lors de ce premier tour des élections municipales. Mais, surtout, le maire divers gauche est quelque peu fragilisé.

Si Robert Borrel a accepté de se représenter à 67 ans, alors qu'il pensait passer la main, c'était pour éviter que son équipe n'implose et ne présente deux listes distinctes menées par les prétendants à sa succession: Roger Vioud et Christian Dupessey, ses deux adjoints. Ensuite, le maire divers gauche vient d'essuyer quelques critiques. La Maison de l'économie et du développement, qui constituait l'un de ses fers de lance pour la création d'emploi, a perdu sa subvention principale, octroyée par le syndicat intercommunal de l'agglomération annemassienne. Et puis, fin février, Le Canard enchaîné dévoilait que la police judiciaire avait procédé à une perquisition au Casino d'Annemasse. L'hebdomadaire satirique, repris par la presse locale, indiquait que la justice s'intéressait aux destinataires réels des 100 millions de francs français versés par le groupe Aaron pour acquérir l'établissement, à l'ancien propriétaire du casino, un Corse proche de Charles Pasqua. Le maire est nommément impliqué dans l'affaire. Son unique contribution est d'avoir accepté en 1988 que sa commune accueille le casino, qui rapporte aujourd'hui 28 millions de francs français dans les caisses de la ville.

Des histoires qui servent les intérêts de ses adversaires. «Robert Borrel n'est plus Borrel. Il est usé par la politique qu'il a menée depuis 1977», estime Philippe Marcille, à la tête d'une liste d'Union de la droite, soutenue par le RPR, l'UDF et DL. Ce chef d'entreprise, conseiller municipal de l'opposition, reproche notamment au maire d'Annemasse de ne pas avoir su s'allier avec les autres communes de l'agglomération. «C'est indispensable pour régler les problèmes liés aux bilatérales», dit-il, espérant mettre un terme «à 24 années de borrélisme.»

Les deux autres listes présentes à ces élections sont issues de l'extrême droite. L'une représente le Mouvement national républicain de Bruno Mégret; l'autre, menée par Bernard Midy, le Front national. Elles dénoncent l'insécurité de la ville: «La criminalité augmente, s'inquiète le candidat FN. La preuve: dimanche dernier, des nomades ont frappé le maire de Ville-la-Grand.»