Gilles Froidevaux serait-il un clone de Jean Studer? Les deux socialistes sont arrivés au pouvoir presque en même temps: le Jurassien a été élu à la mairie de Delémont en décembre 2004 et le Neuchâtelois est devenu ministre des Finances au printemps 2005. Tous deux confrontés à de gros déficits, financiers et structurels, ils ont mis de côté l'idéologie pour s'attaquer aux déséquilibres.

Montrer l'exemple

Le volontarisme de Jean Studer est connu, celui de Gilles Froidevaux, 35 ans, mérite qu'on s'y intéresse. Dans un premier temps, celui qui fut le jeune et dynamique président du Parti socialiste jurassien de 1993 à 2002, cède à la facilité. Il propose, en janvier 2006, d'augmenter l'impôt de 5% à Delémont. Refus du parlement local, pourtant à majorité de gauche. Voilà donc le maire avec, sur les bras, un déficit budgétaire de plus de 2 millions, soit 2,4% des charges.

Avec un exécutif solidaire, comprenant deux autres socialistes, un popiste, un chrétien-social, une radicale et une démocrate-chrétienne, Gilles Froidevaux retrousse les manches et s'attaque aux structures d'une administration qui compte un peu moins de 200 personnes pour quelque 160 postes. En deux ans, par le biais de départs naturels ou à la retraite, il réduit l'effectif de 7 postes. Le maire montre «l'exemple»: le Contrôle des habitants qui est de sa responsabilité passe de 2,8 à 2 postes, le responsable, jugé inefficace, étant même renvoyé, sans que cela ne fasse de remous.

Un maire professionnel

«Malgré le moratoire de fait sur les engagements, Delémont est toujours confronté à un déficit structurel de 1 million», dit Gilles Froidevaux. Pressé par son parlement local, il lance une vaste réforme interne. Les trois services techniques (travaux publics, urbanisme et services industriels) seront regroupés en deux nouvelles entités. Avec l'économie immédiate d'un chef de service, qui part en retraite. La synergie générée doit amener d'autres réductions. «Sans licenciement, assure le maire. Toutefois, une dizaine des 60 fonctionnaires des services techniques arrivent à la retraite prochainement. Il y a là un potentiel d'économies.»

En complément à l'amincissement administratif, les autorités de Delémont veulent réduire l'appareil politique. Faire passer le Conseil communal (exécutif) de 7 à 5 membres, et le Conseil de Ville (parlement) de 51 à 41 élus. «Nous entendons renforcer la vocation politique de l'exécutif», prône Gilles Froidevaux. Si les conseillers resteront à temps partiel (30 à 40%), il est proposé de professionnaliser la fonction de maire et la faire passer de 60 à 100%. «Delémont a un gros potentiel de développement, il faut s'en donner les moyens, justifie Gilles Froidevaux. Nous entendons mettre en place l'agglomération delémontaine, l'axe de développement vers Bâle, renforcer les relations avec le canton et les villes voisines. Tout cela peut donner un nouvel élan à Delémont.»

La cure d'amaigrissement d'un exécutif qui réunit des élus de cinq partis risque de faire grincer des dents. «Nous demandons une décision de principe, dans l'intérêt de la Ville», argumente Gilles Froidevaux, qui dit ne pas savoir qui en fera les frais. En prenant les résultats des élections de 2004, un exécutif à cinq laisserait sur le carreau le Parti radical et le PCSI. Par rapport à 2000, c'est le PS et le PLR qui y laisseraient des plumes.

Défendre sa place

Pourtant, l'actuelle conseillère communale radicale Patricia Cattin soutient le programme. «C'est à mon parti d'être performant pour défendre sa place, comme il a su le faire pour le gouvernement jurassien», plaide-t-elle. «Briser l'actuelle large répartition des sièges donnera du piment aux débats électoraux», renchérit Gilles Froidevaux.

Le maire espère que la réforme structurelle et politique préconisée, qui doit passer le double cap du législatif et du peuple, lui permettra de poursuivre sur la voie de l'assainissement. Un examen des prestations fournies par la Ville est programmé. Elle devra ainsi se demander, par exemple, si c'est à elle de verser une allocation «de fin d'année» de 300 à 400 francs aux rentiers AVS sans fortune.