GENEVE

Maison de la danse à Lancy, les raisons d'un échec

Le projet de Centre socioculturel a été mal vendu et ne répondait pas aux préoccupations principales des Lancéens.

«Ce vote nous a cassés.» Même si le magistrat François Lance s'y attendait, le vote de ses administrés lui laisse un goût amer dans la bouche: ce dimanche, 62% des habitants de la commune genevoise de Lancy ont envoyé sur les roses un projet de Centre socioculturel à 45 millions, qui comprenait une Maison de la danse à 18 millions. Au risque de couper durablement les ailes de la culture lancéenne: «Vu le résultat, je ne me vois pas repartir au front avec un nouveau projet. Il est urgent d'attendre», se désole le conseiller administratif PDC chargé de la culture.

«Une utopie»

A l'image de François Lance, nombre d'acteurs concernés par le dossier avaient la gueule de bois, au lendemain du vote. Et peinaient à analyser un échec qui, vu de l'extérieur, semblait pourtant programmé: pourquoi les autorités genevoises ont-elles proposé d'installer une Maison de la danse dans le quartier défavorisé des Palettes? Sa réalisation, pour laquelle la commune devait mettre la main au porte-monnaie, avait-elle une chance de répondre aux attentes des 27000 habitants de Lancy?

Certains ont voulu y croire. Comme le directeur de l'Association pour la danse contemporaine (ADC), Claude Ratzé: «C'était notre utopie de penser que ce projet, qui a mûri pendant dix-huit ans, était réalisable.»

«Une nécessité»

D'autres avancent des arguments plus pragmatiques: la Ville de Genève, qui devait participer aux dépenses de fonctionnement de l'institution à hauteur de 750000 francs, «n'avait pas le choix». C'est l'avis de Martine Koelliker, codirectrice du Département municipal des affaires culturelles: «Nonante pour cent des infrastructures culturelles genevoises se situent sur le territoire de la Ville de Genève. Nous n'avons plus de place. Nous ne pouvions pas offrir à l'ADC la place dont elle avait besoin.»

Par ailleurs, cela faisait une vingtaine d'années que l'ADC travaillait sur son projet avec les autorités de Lancy. La commune avait proposé à l'Association d'héberger la Maison de la danse dans son futur Centre socioculturel, qui devait aussi inclure une salle des fêtes de 700 places, des locaux associatifs, et une bibliothèque multimédia. «La Maison de la danse était un projet régional, d'envergure nationale», s'emporte le magistrat François Lance.

«On aurait dû se bagarrer»

Pourtant, les défenseurs du projet n'ont pas su convaincre les Lancéens. Avec un peu de recul, Claude Ratzé admet avoir été pris de court par les référendaires radicaux et libéraux de Lancy. Et ne pas s'être assez battu sur le terrain: «Au moment de l'annonce du référendum, on aurait dû se bagarrer.» Par exemple en expliquant aux Lancéens qu'ils votaient sur un crédit de 2,7 millions destiné à l'étude d'un Centre socioculturel, utile à la commune. Et non de la seule Maison de la danse.

De son côté, le PDC François Lance fustige «les arguments fallacieux et populistes» des référendaires. Le magistrat remet à peine en cause sa stratégie de communication: «En tant que Conseil administratif, nous avions les mains liées. L'ADC et le comité de soutien ont fait un grand travail d'information dans les écoles. Mais peut-être aurions-nous dû en faire davantage en amont», lâche-t-il.

«Payons d'abord le Stade»

Le décalage entre le rêve des défenseurs de la Maison de la danse et les soucis des habitants de Lancy a profité aux référendaires. L'un d'entre eux, le conseiller municipal radical Gilles Augsburger, explique: «Au cours de la récolte de signatures, on a senti que les habitants des Palettes ne voulaient pas être encore plus dérangés qu'ils ne le sont déjà.» Surtout pas par le chantier d'une Maison de la danse: «On nous a parlé de rayonnement pour la région. Mais les promoteurs de cette Maison vivent quand même en vase clos!»

Et puis, continue Gilles Augsburger, il y a le Stade de la Praille, situé en partie sur la commune de Lancy: «Il manque toujours 12 millions! Qu'on les trouve avant de lancer d'autres projets.»

«Echec de la démocratisation de la culture»

Le rejet du Centre socioculturel de Lancy alarme les milieux culturels, jusqu'au canton: pour Franceline Dupenloup, secrétaire adjointe au Département de l'instruction publique, il signifie «l'échec de la démocratisation de la culture». Des mesures seront donc prises pour que les jeunes soient sensibilisés à la culture: «Il faut résoudre le problème à sa racine, en agissant dans les petites classes déjà», affirme-t-elle.

C'est aussi un coup dur pour la Conférence culturelle genevoise, mise en place en 2002 pour favoriser la concertation canton-communes en matière de projets culturels. Pour survivre, cet organisme devra certainement lui aussi se remettre en question.

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