Vaud 

La maison de Ramuz agite les esprits

Au centre du vieux Pully, la maison en pierre rose de l’écrivain Charles Ferdinand Ramuz préoccupe les Verts vaudois, qui souhaitent la conserver intacte en musée. Les héritiers de l’auteur veulent en faire trois espaces locatifs

C’est une maison vigneronne, «une vieille maison tranquille et la tranquillité est un grand bien», écrivait Charles Ferdinand Ramuz en dépeignant les étages de vignes qui l’entouraient. Au centre du vieux Pully se dresse une bâtisse rose aux volets verts où l’écrivain vaudois s’installa avec sa femme Cécile et sa fille Marianne en 1930, jusqu’à sa mort en 1947. Elle porte un nom, «La Muette». Sa fille y restera jusqu’à son décès en 2012 et aujourd’hui, les héritiers veulent la transformer en trois espaces locatifs.

Les Verts vaudois, soucieux du patrimoine culturel de leur canton, s’invitent dans le discours. Mardi, leur députée Josée Martin déposera une interpellation au Grand Conseil afin de demander au Conseil d’Etat «ce qu’il entend faire pour préserver ce lieu chargé d’histoire».

Lyon et Broulis consultés mais «pas intéressés»

Les héritiers ramuziens se sont pourtant enquis il y a deux ans de savoir si le canton était intéressé par la maison pulliérane. Christophe Brossard, mari de l’arrière petite-fille de l’auteur, a rencontré les conseillers d’Etat Anne-Catherine Lyon et Pascal Broulis, qui n’étaient «pas intéressés». La commune et le musée d’art de Pully (qui jouxte la demeure de l’écrivain) se sont par contre montrés séduits. Ensemble, ils ont mis sur pied le projet d’un espace muséal de 100 m2 au rez-de-chaussée de la maison où se trouve encore, intact, le bureau de l’auteur. L’espace prévoit des expositions mettant en valeur l’œuvre littéraire de l’écrivain par des installations multimédias. La municipalité a ainsi ouvert un crédit d’étude de 95 000 francs qui doit permettre d’étudier la faisabilité du projet, son calendrier et le budget. Le préavis sera soumis au Conseil communal au début de l’année 2017.

Mais cela ne suffit pas au parti écologiste vaudois, qui souhaite inclure dans le musée le premier étage de l’immeuble, en son état actuel. S’y trouve l’appartement de l’auteur, où sont conservés depuis sa mort son mobilier (dont certaines pièces remonteraient au XVIIIe siècle) et des tableaux de plusieurs peintres romands (Auberjonois, Blanchet, Soutter).

Une «grave erreur patrimoniale»

La Verte Josée Martin relaie les préoccupations de l’historien Bruno Corthésy, qui qualifie le projet de rénovation d’une «grave erreur patrimoniale» sur le site de l’Association des amis de Ramuz. «Cet ensemble constitue non seulement un témoignage extraordinaire pour la connaissance de la vie de l’écrivain, mais aussi une illustration d’un certain mode de vie dans le canton de Vaud au milieu du XXe siècle», s’inquiète-t-il.

«Que fait le canton pour défendre son patrimoine?» s’enquièrent les Verts. «Les maisons d’écrivains sont des lieux attractifs dont le tourisme régional pourrait tirer profit», ajoute Josée Martin. «Nous sommes très étonnés que le canton laisse filer ce lieu qui fait partie de notre histoire et de notre culture.»

Etonné, comme l'est Christophe Brossard d'apprendre que sa demeure privée fasse l'objet d'une revendication politique. «Nous avons répertorié les objets qui s'y trouvent et le service des affaires culturelles de l’Etat de Vaud va venir voir ce qui peut l'intéresser. La façade extérieure du bâtiment est protégée: nous ne la toucherons pas. Quant à la maison qui tombe actuellement en ruine, l'idée est que nous lui redonnions vie doublement: en l'habitant nous-même et en y faisant un espace culturel attenant au musée d'art existant», explique-t-il. 

Qui aura le dernier mot sur l’avenir de «La Muette»? L’an prochain, les droits d’auteur des oeuvres littéraires de Charles Ferdinand Ramuz tombent dans le domaine public. Un élément qui peut jouer son rôle dans la volonté des descendants de rentabiliser une partie de l’héritage.

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