GENEVE

La maîtresse d'Edouard Stern avoue le meurtre du banquier, mais les mobiles du crime restent encore flous

Quinze jours après la découverte du cadavre du financier français, le juge annonce le dénouement de l'affaire. Inculpée d'assassinat et incarcérée à la prison de Champ-Dollon, la femme est de nationalité française et âgée de 36 ans. Elle lui réclamait de l'argent.

Cela sonne un peu comme un ouf de soulagement. Quinze jours après le meurtre du banquier Edouard Stern, le juge d'instruction genevois a annoncé mercredi «le dénouement» d'une affaire qui passionne la presse internationale. Presque banale, c'est la piste de la maîtresse qui s'est révélée la plus prometteuse. Celle qui a déjà avoué avoir abattu le financier de quatre balles, dont deux dans la tête, est de nationalité française. Elle a 36 ans et se trouve désormais écrouée à la prison préventive de Champ-Dollon sous l'inculpation d'assassinat.

Menée dans la plus grande discrétion, l'enquête se poursuit encore sous le sceau du secret. Le juge Michel-Alexandre Graber a toutefois consenti à communiquer certains éléments à l'occasion de cette arrestation. Les faits se sont déroulés «dans le cadre d'une relation de nature sexuelle qui relève de la sphère privée», précise le magistrat. Rappelons que le corps d'Edouard Stern, 50 ans, a été retrouvé le 1er mars dernier à son domicile, revêtu d'une combinaison une pièce en latex de couleur chair avec deux trous pour les yeux et un pour la bouche. Les constatations de police technique et scientifique laissent très fortement penser que la suspecte a agi seule. Cette femme, avec qui le banquier entretenait une relation intime et suivie depuis plusieurs années, possédait la seule clé manquante de l'appartement. Clé qui n'a pas encore été retrouvée.

Demeure entière la question essentielle. Pourquoi a-t-elle retourné une arme de poing contre son amant? Deux mobiles de nature différente sont avancés pour l'instant, mais les explications restent fort vagues. Le juge parle ainsi d'un différend financier opposant Edouard Stern à la prévenue. Celle-ci avait même intenté depuis peu un procès civil contre lui. Ce qui semble avoir conforté les enquêteurs sur cette piste. D'autres raisons «plus personnelles» sont également évoquées, sans plus de précisions. La Française a été interpellée mardi matin à 8 h 05. Elle a été entendue toute la journée par la brigade criminelle avant d'être inculpée et conduite en prison au milieu de la nuit.

Soucieux de poursuivre son enquête de manière sereine, le juge Graber a décidé de ne pas en dire plus. Une discrétion qui a déjà fait couler beaucoup d'encre, surtout de l'autre côté de la frontière. Les policiers français, et notamment les services d'Interpol, se sont notamment émus de ne recevoir aucune information de leurs collègues genevois ou de n'être sollicités en aucune manière sur un dossier concernant cette figure du gotha mondial de la finance. «Si le juge avait estimé nécessaire de demander l'entraide judiciaire, il l'aurait fait. Tel n'a pas été le cas. Le crime a été commis en Suisse et il n'y avait à ce stade aucune raison de consulter nos voisins. De plus, le Ministère public n'a été approché par aucune autorité ou personnalité politique, qu'il s'agisse de monsieur Nicolas Sarkozy ou d'un autre», précise le procureur général Daniel Zappelli.

Exit donc les pistes de la mafia russe ou d'un règlement de comptes camouflé par une sorte de mise en scène évoquant un crime sadomaso. La personnalité très controversée d'Edouard Stern, dépeint comme un homme d'affaires impitoyable qui aimait se donner des sensations fortes en montant le niveau des risques, avait de quoi donner le tournis aux enquêteurs. La victime évoluait dans l'univers opaque de la haute finance, avait lancé des procès contre de puissantes sociétés de l'Hexagone (les dirigeants du groupe Rhodia ou Vivendi Universal), et avait tissé des liens avec les milieux de l'ex-Union soviétique.

Le juge souligne d'ailleurs à ce propos que d'autres polices cantonales ont été mises à contribution pour explorer «les nombreuses pistes» avant d'intervenir. Il y a toutefois une brigade qui n'a pas été impliquée, c'est celle des mœurs. Signe que l'hypothèse d'un criminel issu du «milieu sadomasochiste» genevois a rapidement été écartée. «Dans le cas contraire, on aurait certainement été sollicités, car nos inspecteurs contrôlent régulièrement les prostituées qui évoluent dans les cercles spécialisés dans ce type de prestations», explique un policier.

Enterré jeudi dernier au cimetière israélite de la commune de Veyrier, dans le canton de Genève et dans la plus stricte intimité, Edouard Stern était père de trois enfants. Il avait divorcé de leur mère, Béatrice, la fille de Michel David-Weill, président de la banque Lazard. Par respect pour le deuil de cette famille, qui vit à New York, le juge a décidé de ne pas en dire plus. Par souci de la présomption d'innocence aussi. Pour poursuivre son enquête «de manière méticuleuse», il a décidé de suspendre l'accès des parties au dossier. Les avocats ne pourront donc pas le consulter jusqu'à nouvel avis. Une partie du mystère reste entière.

Publicité